—Vous ne vous échapperez pas, mauvais drôle, défendez-vous, ou je vous frappe sans merci!

—Monsieur de Ruyter, s'écria le lieutenant, je réclame votre protection; ce garçon est fou, car, en vérité, il est impossible de comprendre où il veut en venir.

—Cependant, répondit Ruyter sans quitter le bout d'ambre de sa longue pipe, cela me semble très-clair; arrangez-vous avec lui, vos querelles ne me regardent pas, et vous feriez mieux, au lieu d'hésiter, de tirer votre épée et de vous mettre en garde. Trelawnay est un enfant et vous êtes un homme, si j'en juge par votre moustache.

Le lieutenant, dont l'esprit était bouleversé par la crainte, s'humilia devant moi; il protesta d'une voix tremblante qu'il n'avait pas voulu m'offenser, mais que cependant, si je lui avais cru cette intention, il en était peiné et m'en demandait cordialement pardon.

—Remettez votre épée au fourreau, mon jeune ami, ajouta-t-il, et venez à bord avec moi; je vous jure que jamais je n'userai contre vous du droit de représailles; que ce qui s'est passé ici sera à jamais oublié.

Cette lâcheté ignoble, cette bassesse honteuse me firent rougir.

—Souviens-toi de Walter, brigand, souviens-toi de Walter, lâche assassin; quoi! aucune insulte, aucun mépris, aucune injure ne peut t'émouvoir. Eh bien! que la punition s'accomplisse, et malheur, malheur à toi!

Je tombai sur lui comme la foudre. Je le frappai au visage, et, lui arrachant ses épaulettes, je les déchirai en mille morceaux.

—Le noble drapeau anglais est déshonoré par un lâche, je dois en purger la terre!

Cris, protestations, prières, ce vil personnage employa tout pour tenter de m'attendrir, mais il ne faisait qu'exalter ma rage. J'avais honte en moi-même d'être resté, de m'être courbé si longtemps sous la domination d'une créature indigne du nom d'homme et du titre d'officier.