—Mon brave, je n'en ai pas, et nous sommes dans une plaine aride, lui dis-je en ôtant de sa bouche le sable et le sang qui l'empêchaient presque de respirer.

Après lui avoir essuyé le visage avec ma veste, je compris, moitié par signe, moitié par parole, qu'il y avait un soulagement à ses souffrances dans les fontes de sa selle. Je cherchai vite, et je trouvai en effet ce que le vieux Falstaff préfère à une pistole, une bouteille, non de vin de Canarie, mais d'arrak. J'en fis boire au blessé, et je lui lavai avec le reste le visage et la tête.

—Mon ami, lui dis-je, voulez-vous monter sur mon cheval jusqu'à ce que nous soyons arrivés à quelque hutte?

—Merci, monsieur, merci; j'ai assez des chevaux pour aujourd'hui.

—Eh bien! voulez-vous marcher?

—Comment le pourrais-je? mon bras et ma jambe gauche sont brisés! Sans cette double fracture, vous ne m'eussiez point trouvé si faible contre les attaques de ce sauvage animal. Si vous n'étiez pas venu à mon secours, il m'eût infailliblement tué. Je n'ai jamais rien vu de pareil, et cependant je suis cité comme un rude cavalier au régiment; car, pendant seize ans, j'ai dompté, dominé, rendu doux comme des moutons de bien féroces brutes, de bien indomptables chevaux. Jamais de ma vie, et je ne suis plus jeune, non, jamais je n'avais été désarçonné. Mais celui-ci n'est point une bête ordinaire; c'est un démon incarné dans un corps animal; il m'a jeté sous ses pieds, et comme une bête farouche, il a voulu me massacrer; il était fou, j'en suis certain. J'espère, monsieur, qu'il ne se relèvera plus, vous l'avez bien réellement tué?

—Oui, il palpite encore, mais c'est la dernière convulsion de l'agonie; il sera mort dans quelques minutes.

Ô pauvre bête! pensai-je en moi-même. Pardieu! j'aurais bien dû rester neutre.

Dungaro était le village le plus proche de nous; je remontai sur mon cheval, et après avoir engagé le soldat à attendre patiemment mon retour, je partis pour me mettre à la recherche d'un palanquin.

Je trouvai à mon retour le blessé un peu plus calme.