Je versai dans mon estomac une si grande quantité de cette liqueur, que je fus presque privé de l'usage de mes sens, et que je fis un violent effort pour me traîner hors de la salle, et aller chercher un peu de l'air au dehors.
Je m'approchai en chancelant de l'échelle de bambou abandonnée par les enfants, et j'allais grimper sur le toit pour y chercher un peu de fraîcheur, lorsque la vieille schaich se plaça devant moi pour s'opposer à mon ascension. Je l'envoyai d'un tour de main faire une pirouette dans la chambre, puis j'arrachai une branche de pin tout enflammée, et je montai dans une sorte de grenier.
La moitié des hôtes de la maison se leva en fureur. L'opposition de la vieille m'aurait arrêté si j'avais été à jeun; mais, dans mon état d'ivresse, mon opiniâtreté devint inébranlable.
—Éloignez vous tous, m'écriai-je, ou je verrai si vous êtes de la véritable espèce des salamandres!
En prononçant cette menace, j'appliquai mon flambeau ardent aux branches de canne de la hutte.
Ceux qui, en se levant en fureur de leur place autour des tables, avaient voulu s'opposer à l'exécution de ma sale bravade, tombèrent à genoux en croassant comme des corbeaux pris au piége.
Au milieu du tumulte, une voix rude fit entendre ces paroles:
—Arrêtez, arrêtez, jeune chien!
—Holà! vieux sabot! m'écriai-je en reconnaissant la voix de mon dernier capitaine (vieux sabot était un sobriquet que nous lui avions donné d'après la dimension exorbitante de son pied). Holà! vieux sauteur! Vous ici, et ayant bu!
—Descendez, monsieur; que signifie une telle hardiesse? Pourquoi n'êtes-vous pas à bord, monsieur; ne connaissez-vous pas les ordres?