—Je ne puis vous donner de conseils, mon ami; mais quelque parti que vous preniez, je ferai tout ce qui dépendra de moi pour qu'il soit le plus utile et le plus favorable à vos intérêts. Nous causerons de cela demain, car la nuit s'avance, et il faut que je retourne au schooner.
Dès que le jour parut, je me fis conduire sur le vaisseau de mon compatriote, accompagné, dans cette seconde visite, par un charpentier et par le bosseman; ils devaient m'aider à examiner le vaisseau, afin de savoir s'il était possible de le mettre en mer.
Le résultat de nos observations ne fut pas tout à fait défavorable au vaisseau. Le prince de Zaoo m'expliqua une fois encore les obligations qui le contraignaient à visiter un port européen pour y faire achat d'armes, de munitions et d'une quantité d'articles différents dont il avait besoin.
Le vaisseau pouvait marcher. Je conseillai donc à Son Altesse de diriger sa course, avec les brises de la terre, le long de la côte de Malabar et de toucher à Poulo Pinang, où son vaisseau serait réparé et mis en état de tenir la mer; de là, je l'engageai à se rendre au Bengale pour y acheter les objets dont il avait besoin.
L'itinéraire de ce petit voyage une fois arrêté, nous prîmes un verre de grog, et le capitaine répondit aux questions que je lui adressai sur la position, la beauté et la grandeur de son île.
—Très-petite et très-basse, me dit-il, cette île est coupée en deux par une montagne, et les natifs prétendent que, si on doit en croire la tradition, cette montagne était autrefois toujours enflammée, ce qui ferait supposer, ajouta le prince, que l'île était un volcan sorti du fond de la mer, et élargi par du corail vivant; et vous connaissez, monsieur, la rapidité merveilleuse de la végétation de ce climat. Les natifs ajoutent que le village où demeure le roi était entouré par les eaux de la mer et par les coquillages qu'on trouve en creusant la terre. On peut croire à cette opinion, car elle est presque fondée sur des preuves.
L'île entière est maintenant couverte de bois touffus et de forêts impénétrables, à l'exception toutefois du sommet de la montagne et de certaines places qui avoisinent les rivières et les golfes, mais cela parce qu'elles ont été éclaircies par les naturels, qui désiraient y construire leurs habitations. Nous avons dans l'île des sangliers, des chèvres, des daims, des singes, de la volaille. On y trouve aussi des racines bonnes à manger, et une grande variété d'herbes potagères, des mangoustans, des plantins, des noix de coco, et bien d'autres fruits. Ajoutez à cela que les côtes de la mer nous fournissent des coquillages et du poisson. La Providence est si généreuse en notre faveur, que la prodigalité de ces dons nous laisse peu d'inquiétude pour nos besoins matériels. La pêche et la chasse sont nos uniques travaux.
Assez sages pour se contenter de ce qu'ils ont, les habitants de l'île n'usent pas leurs forces pour acquérir un superflu inutile. L'excès de travail rend amer au goût le fruit forcément arraché à la terre, aussi ne lui demandent-ils que les choses qu'elle veut bien donner.
Les femmes veillent avec soin à l'intérieur de leurs maisons.
Notre peuple, répandu dans l'île, habite de petits villages, gouvernés par leurs propres lois, qui sont simples, justes et concises. Un grand conseil est tenu deux fois par an, les rois y assistent, entendent les plaintes, et jugent les différends.