Les femmes sont entièrement libres. Chacune d'elles peut épouser l'homme de son choix et rentrer dans sa famille si, maltraitée par son mari, elle désire s'en séparer.
Avant le mariage, le commerce entre personnes de différents sexes est toléré; mais, quand on est marié, une telle liberté attirerait sur les deux parties le déshonneur, et, de plus, le mépris de la société. La polygamie est permise, quoique les chefs seuls aient la permission d'avoir plus de deux femmes.
Comme chaque femme est obligée de faire l'ouvrage de sa maison, non seulement elle est contente que son mari prenne une autre femme, mais généralement elle la lui procure elle-même, soit une sœur favorite, soit une amie, car il n'y a parmi elles ni servantes, ni esclaves.
Les femmes sont bien faites, agréables et très-attachées à leurs familles; propres en leur personne, elles sont vêtues d'habits faits de l'écorce d'un arbre, et cette écorce, qui est douce et durable, se teint très-facilement et de toutes les couleurs.
Nos maisons sont élevées sur un étage de bambous, et la partie inférieure sert de magasin de provisions. Le tabac que vous fumez croît dans l'île; tout le peuple s'en sert. Les natifs fabriquent leurs pipes de bois avec une sorte de jasmin rampant, et cela en forçant la moelle à sortir de la tige, lorsque celle-ci est verte; le bassin de la pipe se fait avec un bois brûlé extrêmement dur. Ils font eux-mêmes leurs éperons et leurs couteaux, et les manches de ces derniers sont ornés de sculptures.
Il y a une remarquable diversité dans les traits et dans le teint du peuple.
Il y a eu autrefois quelques relations commerciales par échanges (car la monnaie est inconnue) avec de petits vaisseaux de Bornéo, qui apportaient du fer, des haches, du fil de métal, de solides vêtements, de l'airain et de vieux mousquets, et qui recevaient en échange une variété de gommes, de résines, de noix de coco, de l'huile et du bois de sandal; mais les abords de l'île sont dangereux à cause des courants et des immenses récifs de corail sur lesquels la mer se brise constamment. Il n'y a qu'un port, encore est-il très-petit et très-peu sûr.
—Avez-vous une religion, capitaine, et en quoi consiste-t-elle?
—Nous avons nos superstitions, monsieur; mais nous n'avons pas de prêtres. Nos chefs président les cérémonies particulières, chantent les prières et offrent des sacrifices aux mauvais esprits.
—Mais, mon cher prince, quelle est leur foi?