—Oh! elle est fondée sur le même principe que la vôtre, une croyance dans le bon esprit qui est sur la terre, et dans le mauvais esprit qui est dessous.

Le prince de Zaoo avait approvisionné son vaisseau de viande de daim et de chèvre coupée en tranches de l'épaisseur d'une côtelette, de poissons trempés dans l'eau salée et séchés au soleil, et, de plus, d'un grand nombre de noix de coco, d'une réserve d'arrack fait de la séve fermentée de l'arbre, avec melons, citrons, oignons, et une extraordinaire quantité de tabac en feuilles menues, mais d'un excellent parfum.

Le capitaine me donna une charge de tabac et une de ses pipes. J'ai conservé et je conserve encore cette dernière comme un précieux souvenir de cet être étrange. Des figures grotesques et sauvages d'animaux inconnus sont profondément ciselées sur cette pipe.

Pendant la journée, une de ses femmes accoucha d'un prince, et, à ma grande surprise, elle parut sur le pont, avec l'intention de prendre un bain dans la mer.

Ayant déjà employé plus de temps qu'il ne m'était possible à tenir compagnie au capitaine, je songeai à quitter définitivement son bord; je lui fis cadeau d'une carte marine, d'une boussole, de quelques bouteilles d'eau-de-vie et d'un sac de biscuit.

Le bon capitaine m'accabla de remercîments et me contraignit à accepter une petite bourse de perles. Je lui promis de visiter son île à mon premier loisir, et, après nous être cordialement embrassés, nous fîmes voile chacun de notre côté.


LXXIX

Constamment à la recherche de quelque découverte, je ne laissais passer ni à la portée de mon regard ni à celle de ma voix les vaisseaux ou les embarcations du pays qui traversaient la mer. Je les arrêtais tous, les abordant lorsqu'ils en valaient la peine, ou les laissant continuer leur course si leur chargement ne tentait ni mes goûts, ni l'ambition de mon équipage.

Un matin j'aperçus à notre droite, sous le vent, une jonque chinoise chassée hors de son chemin, à son retour de Bornéo. Cette jonque glissait et flottait si légèrement sur l'eau, qu'elle ressemblait tout à fait à une caisse de thé. Elle avait le fond de sa carène et les côtés du haut bord peints de décorations représentant des dragons verts et jaunes. Les mâts, au nombre de six, étaient de bambou. Une double galerie, ornée de la proue à la poupe, haute comme un grand mât de hune, portait six cents tonneaux. L'intérieur de cette galerie était un véritable bazar, et une grande foule l'encombrait. Chaque individu avait en sa possession une petite part de la galerie, et les parts étaient métamorphosées, là en magasins, ici en boutiques, plus loin en tentes.