En mémoire du vieux Louis, je mis de côté plusieurs sacs remplis de colimaçons de mer, car j'avais trouvé une prodigieuse quantité de ces précieux animaux dans la cabine du marchand tartare. Je n'oubliai pas de m'emparer des œufs salés qui, avec du riz et de la graisse de porc, formait la première partie de l'approvisionnement de la jonque. Quelques milliers de ces œufs me donnaient pour mes hommes une excellente et agréable nourriture.

Les Chinois conservent les œufs en les faisant simplement bouillir dans l'eau salée jusqu'à ce qu'ils soient durs: le sel pénètre à travers la coquille, et ils peuvent être gardés ainsi pendant de longues années.

Le capitaine philosophe, dont la mission était de veiller à la navigation et au pilotage de la jonque, n'ayant rien à faire avec les hommes et la cargaison, continuait à aspirer paisiblement sa drogue narcotique.

Son regard appesanti était encore fixé sur la boussole, et sa voix psalmodiait:

Hié! Hooé! Hié! Chée!

Quoique je lui eusse demandé à plusieurs reprises et sur tous les tons s'il était attaché à sa natte, je n'avais pu obtenir pour toute réponse que cet éternel refrain:

Hié! Hooé! Hié! Chée!

Voyant l'inutilité de mes demandes, je dirigeai mon couteau sur la poitrine du capitaine; mais mon geste passa inaperçu, car les yeux du dormeur éveillé restèrent fixés sur la boussole. Je cassai le réservoir de sa pipe, et il continua à aspirer par le tuyau, en répétant:

Hié! Hooé! Hié! Chée!

Je poussai le capitaine hors de sa cabine, et, passant à la poupe, je coupai les cordes du timon; la jonque glissa au gré des flots; mais j'entendis encore le capitaine chanter sur le même ton de calme indifférence: