Plus irrités que ce marchand, quelques Chinois se montrèrent réfractaires et appelèrent au secours pour défendre leur propriété. À cet appel répondirent des soldats tartares, et leur petite troupe, bien serrée, s'abritait sous la corpulence du gras et gourmand propriétaire, qui, la main armée de la carcasse du chien et suivi du Chinois, s'avançait à ma rencontre en soufflant et en crachant.

Je saisis le Tartare par ses moustaches, et cela me fut facile, car elles pendaient jusqu'à ses genoux; de son côté, mon adversaire fit mine de me casser un mousquet sur la figure; mais son action ne fut qu'un insultant défi et non une véritable atteinte, car je lui fermai pour toujours la mâchoire d'un coup de pistolet. La balle entra dans la bouche du gros personnage. Comment aurait-elle pu faire autrement, cette bouche étant fendue d'une oreille à l'autre?

L'homme tomba avec moins de grâce que César, mais comme un bœuf frappé à la tête par un coup de massue.

Les Chinois ont autant d'antipathie pour le salpêtre (excepté dans les feux d'artifice) que les bœufs de Hatspur et les seigneurs bien vêtus, et leur empereur, la lumière de l'univers, punit aussi sévèrement celui qui tue ses sujets qu'un propriétaire celui qui tue ses oiseaux.

Un comte anglais me disait l'autre jour qu'il ne voyait pas de différence entre le meurtre d'un lièvre et le meurtre d'un homme, car il réclamait la même punition pour les deux cas. Cependant j'ai tué bien des lièvres sur les propriétés du Comte, et bien des hommes dans le temps de mes excursions au travers du globe.

Mais revenons à la jonque.

Une escarmouche fut livrée sur le pont, mais elle ne dura qu'une ou deux minutes; quelques flèches furent tirées et deux hommes tombèrent.

Irrité de l'opposition que les Chinois tentaient de mettre à la réalisation de mes desseins, je ne ramassai point les objets de prix que j'avais convoités, je refusai l'argent qu'ils m'offrirent pour racheter leur cargaison, et je m'emparai de la jonque comme d'une proie légitime.

Nous commençâmes alors un pillage régulier, et l'intérieur des magasins et des cabines fut entièrement dévalisé. Tout fut fouillé: coins obscurs, réduits discrets, coffres, boîtes, malles, et les ballots ouverts tombèrent sur le pont.

La partie massive de la cargaison, qui consistait en camphre, bois de teinture, drogues, épices, fer, étain, fut abandonnée, mais les soies, le cuivre, une quantité considérable d'or en lingots, quelques diamants et des peaux de tigre devinrent notre propriété.