Hié! Hooé! Hié! Chée!»

J'adressai vainement à ce personnage une foule de questions, et je fus enfin forcé de comprendre que pour obtenir une réponse, il serait aussi raisonnable d'interroger le timon.

D'un côté, un rêveur abruti; de l'autre, deux hommes stupéfiés par la double ivresse de la bonne chère et du punch. Nullité complète d'un côté aussi bien que de l'autre.

Je pris vivement la résolution de me servir moi-même. En conséquence, je hélai le schooner en lui donnant l'ordre de m'envoyer une bonne partie de l'équipage.

Mes gens arrivés, nous commençâmes une perquisition générale. Chaque cabine fut visitée, et tout à coup, au milieu de mes recherches, mes oreilles furent frappées par un bruit, par un caquetage tellement assourdissant, que, de mémoire d'homme, il ne s'en était jamais entendu un pareil. Ajoutez à cela les mille évolutions, les allées et venues, les tours d'adresse des singes, des perroquets, des kakatoës, des canards, des cochons et de divers autres bêtes et oiseaux qu'on voyait par centaines dans cette arche de Mackow.

La consternation et la terreur répandues parmi la foule bigarrée de l'équipage ne peuvent se décrire: elles étaient délirantes. On n'aurait jamais pu croire qu'un vaisseau placé sous le pavillon sacré de l'empereur de l'univers, le roi des rois, le soleil de Dieu qui éclaire le monde, le père et la mère des hommes, pût, et dans ses propres mers, être aussi mal gouverné.

Le premier instant de stupeur passé, l'équipage s'écria:

—Qui êtes vous? Depuis quand êtes-vous là? Que faites-vous ici?

Toutes ces questions étaient faites sans qu'un regard daignât apercevoir le schooner, dont les bords bas et noirs, tandis qu'il était en travers de la poupe de la jonque, semblaient appartenir à un simple bac ou à un serpent d'eau. Quand les Chinois découvrirent mon vaisseau, ils parurent fort surpris qu'une troupe si nombreuse et si bien armée fût sortie d'un bâtiment à l'apparence tellement insignifiante, que sa carène sortait à peine des eaux.

En voyant transporter ses ballots de soieries dans nos bateaux, un marchand de Hong nous offrit des foulards, en protestant contre la confiscation de ses marchandises, et cela sous le prétexte que nous ne saurions trouver de place pour les arrimer.