Au milieu du profond silence de la nuit, nous crûmes entendre le rugissement des tigres; ces voix graves et sonores nous faisaient frissonner d'épouvante. J'attendais avec une anxieuse impatience le premier souffle de brise, tellement je souffrais d'exposer mon équipage aux réels dangers de ce sombre rivage. Évidemment le pays était inhabité et inhabitable pour des hommes, et cependant l'obscurité de la nuit nous laissa voir des lumières semblables à celles dont se servent les pêcheurs, et qui vacillaient çà et là; d'autres nous paraissaient stationnaires, comme si elles provenaient des huttes d'un village.

Le ciel n'avait ni étoiles, ni nuages; il était pur, et son calme menaçant fut enfin troublé par le rayonnement des éclairs qui illuminèrent les montagnes.

J'étais assis sur le pont avec Zéla, et nous regardions ces signes extraordinaires et qui nous pénétraient insensiblement d'une profonde mélancolie. Zéla me racontait, de sa voix douce et musicale, les effrayantes tempêtes qu'avaient vues ses premières années. Elle me parlait de ces feux étranges, des simouns, des orages, passage du vent dans les brûlants déserts de son pays natal. Tout à coup, un bruit étrange, bruit plus fort que celui que fait le tonnerre en se précipitant dans l'espace, fit retentir l'air d'une sinistre clameur.

—Chut! m'écriai-je en laissant tomber la main de Zéla. Que s'est-il passé?

Je bondis sur le pont; mais le coup était porté avant qu'il me fût possible d'appeler mes hommes endormis sur le tillac.

Nous étions complétement démâtés.

Je regardai en haut, et la clarté des éclairs me montra deux longues perches nues. Les barres de bois, les vergues, les agrès, tout avait été emporté par le vent. La mer, qui était blanche d'écume, nous couvrait comme si nous avions été placés sous une cataracte.

Nos sabords et une grande partie des passages avaient été emportés, les fers des canons enlevés, et les canons eux-mêmes détachés à leur place. Notre petit vaisseau plongeait follement dans la mer, et pendant une seconde, nous nous trouvâmes entièrement submergés. D'une main je saisis Zéla, de l'autre les haubans, mais c'était avec une peine inouïe que je résistais à l'entraînement de l'eau. Si le câble attaché à l'ancre ne s'était pas brisé, nous eussions infailliblement coulé à fond.

Enfin, je repris un peu d'espoir en voyant la proue du schooner reparaître au-dessus de l'eau.

Je hélai mes hommes, mais personne ne répondit à mon appel.