Aussitôt que nous fûmes derrière le schooner, nous ramassâmes deux hommes qui s'étaient sauvés en s'attachant aux morceaux de bois qui flottaient auprès du vaisseau. Je fis ramer dans toutes les directions, en appelant mon second contre-maître et le garçon suédois qui s'étaient perdus. Nos recherches furent vaines, et la crainte de périr nous-mêmes m'obligea à faire diriger notre marche sur le vaisseau.
Le vent et la pluie nous fouettaient la figure; la nuit était horrible; ce fut avec une peine inouïe que nous arrivâmes à gagner le côté droit du vaisseau, que le vent poussait avec violence vers la mer.
Au moment où les naufragés essayèrent de grimper à bord du schooner, un roulis frappa le bateau, qui coula à fond, me laissant avec six hommes flotter sur la surface de l'eau.
Je m'éloignai rapidement de mes compagnons, dans la crainte d'être saisi par la main convulsive d'un mourant, car j'entendais aussi confusément que dans un rêve leurs cris de désespoir.
En entrant dans le sillage du vaisseau, qui s'éloignait rapidement, je vis les hommes du bord se précipiter à l'arrière pour nous jeter des cordes; aucune ne nous atteignit. Alors on nous cria de saisir les barres de bois qui flottaient autour du vaisseau; mais ces barres étaient trop loin de la portée de nos mains.
—Une corde, ou nous sommes perdus! criai-je d'une voix distincte, car je savais que le seul bateau qui restait sur le schooner ne pouvait pas être mis à l'eau.
Je crus que ma dernière heure était arrivée. Tout à coup, quelque chose de blanc parut sur le pont du schooner, et une voix divine, une voix céleste, une voix qui pénétra mon cœur, qui domina le bruit de la tempête et les cris des malheureux, cria:
—Voici une corde, mon Dieu! portez-la jusqu'à lui ou faites-moi mourir!
L'extrême bout d'une petite corde blanche vint tomber presque dans ma main. Bien sûrs étaient les yeux qui l'avaient dirigée, bien ferme la main qui l'avait tendue. Cette main était la tienne, Zéla; ton petit bras et tes doigts mignons possédèrent en ce moment suprême plus de force que ceux des plus vigoureux marins; ils sauvèrent cinq hommes qui n'avaient plus devant eux pour tout avenir qu'une minute d'existence!
Je puis à peine voir le papier sur lequel j'écris, car les longues années qui se sont écoulées depuis ce jour heureux et néfaste n'en ont point amorti le souvenir.