Ô mon ange adoré, ne m'avez-vous pas, du haut du ciel, pris sous la sainte égide de votre protection, en me préservant de la mort dans les batailles où je la cherchais avec désespoir? N'avez-vous pas, esprit gardien, détourné le coup de l'assassin prêt à frapper un cœur dévoué à vous seul? N'avez-vous pas guéri les blessures qui étaient trop graves pour se cicatriser à l'aide des remèdes humains, et ouvert les mains de la mort quand j'ai senti ses doigts glacés se presser sur ma poitrine? Ne m'avez-vous pas rendu la santé par les moyens les plus miraculeux?
LXXXII
Mais, esclave de mes devoirs, je suis forcé de reprendre le cours de ma narration. Zéla, qui n'avait pas quitté le pont (elle ne le quittait jamais à moins d'y être forcée par mes prières), avait été présente à toute la calamité. Comme je l'ai déjà dit, Zéla appartenait à une race énergique, et sa forme fragile possédait un caractère et une âme d'une incroyable énergie. Elle avait montré aux matelots à bord du schooner—les yeux de l'amour percent les ténèbres de la plus sombre nuit—où il fallait jeter les cordes; mais, n'ayant pas confiance en l'adresse des matelots, elle avait saisi la sonde de la mer sur laquelle, heureusement, il n'y avait pas de plomb, et, après avoir démêlé un grand rouleau, elle courut sur les cordes du pied du grand mât. L'homme qui me fit la narration de ce qui s'était passé me dit que Zéla courait comme un esprit de l'air.
Quand Zéla fut sur l'extrême bout, elle entendit ma voix, et, dirigée par le son, elle jeta le rouleau de corde. Dans la crainte de mal viser son but, la pauvre enfant avait attaché l'autre bout avec l'intention de se jeter dans la mer pour me l'apporter. Quatre des hommes qui étaient avec moi saisirent la corde, qui n'était pas beaucoup plus grosse qu'une corde à fouet, et il est vraiment merveilleux qu'elle ait pu nous supporter.
Le schooner nous jeta un autre appui, et nous nous trouvâmes bientôt en sûreté.
Deux hommes qui, ne sachant pas nager, s'étaient entortillés dans les cordages du bateau, disparurent avec lui, car il est bon de remarquer que les marins sont généralement très-mauvais nageurs.
Dès que j'eus franchi le bord du schooner, Zéla se jeta dans mes bras. Ses lèvres étaient aussi froides que de la glace, et son visage, d'une pâleur livide, paraissait couvert des ombres de la mort. Je plaçai Zéla sur l'écoutille, à côté de la jeune fille malaise, et, en voyant son corps inanimé soutenu par la petite esclave, je m'écriai avec angoisse:
—Mon Dieu! mon Dieu! va-t-elle donc mourir?
La vieille Kamalia, qui était couchée dans la cabine, s'écria aussitôt: