—Non, malek, il est vrai que la Mort est venue, mais ce n'est pas encore pour ma jeune maîtresse; quand elle viendra de nouveau, la sombre fille de la nuit, la noble race de Bani Bedar Kurcish, qui est contemporaine avec les sables, sera éteinte pour toujours. Quand la vague salée et destructive touche la racine des dattiers du désert, ils meurent; ceci est écrit dans le livre du prophète. Je rachète par ma mort la vie de lady Zéla, et je jurai, le jour où la Mort prit sa mère, qu'au moment où cette déesse des ténèbres prendrait une âme de notre maison, cette âme serait celle de la vieille Kamalia. Démon bleu! le prophète m'a entendu, il faut que tu lui obéisses.

Ces paroles furent suivies d'un râle étouffant, et je crus que la pauvre nourrice se noyait.

Je savais que la cabine avait été remplie par l'eau de la mer, je demandai une lanterne, et j'ordonnai à la jeune fille malaise et à deux hommes de porter la pauvre femme sur le pont.

Il n'y avait pas un seul vêtement sec sur le vaisseau, et tous les soins que je pouvais donner à ma chère Zéla se réduisaient à des caresses. Je pressais convulsivement contre mon sein le corps glacé de la pauvre enfant; je soufflais sur ses yeux, et après mille peines, j'eus le bonheur de voir monter sur ses joues pâlies une légère rougeur.

Les hommes que j'avais chargés d'enlever la vieille Kamalia de la cabine envahie par l'eau me crièrent qu'elle était morte, roide et froide comme une pierre.

Lorsque la cabine fut mise en état de recevoir ma femme, je l'y transportai, aidé par la jeune fille malaise, qui me promit de veiller sur elle; et, le cœur plus tranquille, je me rendis sur le pont.

Le soin de débarrasser le vaisseau des débris qui l'encombraient occupa trop mon esprit pour me donner le loisir de faire l'énumération des pertes d'hommes que nous avions faites. Tout à coup, mes oreilles furent frappées par des cris perçants poussés par la jeune Malaise. Je me précipitai vers la cabine, et je trouvai Zéla dans les convulsions de l'agonie. La pauvre chère était saisie avant terme par les douleurs de l'enfantement, et elle mit au monde un petit être sans vie. Quand les douleurs de Zéla se furent calmées, je la contraignis à boire un verre de grog très-fort. Cette brûlante composition réchauffa son sang, et elle tomba bientôt dans le calme d'un profond sommeil.

Sous la bienfaisante influence de cet heureux repos, le visage de Zéla reprit son expression de douceur divine, et elle me parut si parfaitement belle, que je la regardais avec autant de plaisir et de surprise que si mon regard ne s'était jamais fixé sur sa délicieuse figure.

Dans la crainte que le souvenir de la vieille Kamalia ne vînt, au réveil, frapper l'esprit de Zéla, je défendis à la Malaise de parler de la mort de la pauvre femme, et je me disposai à faire disparaître son corps.

Une lanterne à la main, je m'approchai de l'endroit où son cadavre avait été déposé. La figure de Kamalia n'avait subi aucun changement; elle ressemblait à une momie que j'avais vue à l'île de France, et qui, datant de l'époque de Cléopâtre, avait été enterrée près de deux mille ans.