La momie dont je parle avait autant d'apparence de vie que les restes livides et flétris de la nourrice. Les vers étaient bien fraudés de leur proie, car la peau, d'un bleu livide, ne couvrait que des os. Une raie, d'un cramoisi terne, tachait une veine des tempes, et sur cette veine descendaient quelques mèches de cheveux gris semblables à de la mousse sur un arbre mort. Les bras de Kamalia pendaient roides, et toute la pose de ce corps avait une expression de rigidité sauvage. Je cachai le cadavre de la fidèle servante dans une cabine isolée, et je remontai sur le pont.
—Des battures à l'avant!... cria un homme en vigie.
Malgré son état fracassé, le schooner, qui avait quelques voiles, passa les battures, et nous vîmes le ressac qui se brisait sur les rochers enfoncés dans l'eau. Au point du jour, le temps reprit sa tranquillité, le soleil se leva dans toute sa splendeur, et un voile de brouillard vaporeux se suspendit au-dessus du rivage d'où l'ouragan nous avait éloignés.
Le vaste et sombre marais dont nous avions rasé les bords couvre une immense étendue de terre; il est exactement placé au-dessous de l'équateur. Je bénis encore le ciel que sa fureur nous ait chassés des rives dangereuses de cet impur terrain, dont la vapeur pestilentielle nous eût évidemment été mortelle.
Le constructeur du schooner n'aurait pas reconnu le pauvre vaisseau, et bien certainement le prince Zaoo se serait refusé à faire un échange entre mon bâtiment et la vieille carcasse pourrie sur laquelle il naviguait. Fracassé, démâté et brisé, le schooner était livré à la merci des vagues et du vent. Outre cela, notre butin et nos provisions étaient entièrement gâtés.
Après avoir donné mes ordres, je laissai le pont à la charge du contre-maître. Je fis la revue de mes hommes, et je me retirai dans ma cabine.
Nous avions perdu le contre-maître, le munitionnaire, le garçon suédois et sept matelots.
Je trouvai Zéla endormie, et, pour ne pas réveiller la chère créature, je plaçai des chaises à côté de sa couche; mes bras enveloppèrent le cou de Zéla, et dans cette position, je m'endormis profondément.
Mais mon sommeil fut horrible; je rêvai qu'on me faisait subir d'effroyables supplices, que j'étais déchiré en mille morceaux par des requins et des tigres, que ma tête était écrasée comme une noisette entre les énormes mâchoires d'un crocodile. Dans l'effervescence des prodigieux efforts que je tentais pour me sauver, je renversai les chaises et je tombai en entraînant Zéla dans ma chute.
—Qu'avez-vous, mon ami? s'écria Zéla tout épouvantée.