Je ne pus répondre; la sueur coulait de mon front, et j'étais sans haleine.
—Très-cher, dit Zéla en m'embrassant, vous venez de faire un mauvais rêve; ne vous effrayez pas ainsi, le temps est calme et nous sommes ensemble.
Quelques minutes s'écoulèrent avant qu'il me fût possible de me ressouvenir de tout ce qui s'était passé. Quand je repris mes sens, mon cœur bondit de joie; mon adorée Zéla était appuyée sur lui, et son beau visage était souriant.
Retardés par la faiblesse du vent, par le manque de toile, nous mîmes cinq jours à gagner notre port de destination.
En retrouvant de Ruyter, toutes nos souffrances furent oubliées, et nous nous arrêtâmes sous la proue du grab en chantant et en poussant des cris de joie, comme si nous avions fait un voyage des plus propices. Tant il est vrai qu'un rayon de joie fait oublier les souffrances les plus longues et les plus terribles!
De Ruyter monta sur notre bord; il était stupéfait de nous voir si fracassés par la tempête.
—Holà! mes garçons, nous dit-il, avez-vous fait un voyage au pôle arctique? Avez-vous été environnés par des remparts de glace pendant un demi-siècle?
—Non, lui répondis-je; seulement nous avons transformé le schooner en une cloche à plongeur ou en une torpille, afin de croiser en dessous de l'eau.
—Mais que vous est-il donc arrivé? et ses yeux perçants parcoururent le vaisseau: vous êtes-vous battus avec le simoun? Il n'y a pas de machines humaines capables d'opérer une pareille dévastation. Ah! ah! tous vos hommes ne sont pas ici, il manque plusieurs figures bien familières.
De Ruyter possédait le don si rare de ne pas oublier une figure sur laquelle il avait arrêté son regard.