Je mis aussitôt mon idée à exécution, et, après m'être traîné sous un massif de kantak, je découvris un étroit et tortueux sentier que le vieillard suivait à pas lents; je me glissai sur ses traces, accompagné de l'intrépide Zéla.
Après un quart d'heure de marche, le vieillard dirigea sa promenade vers le marais, traversa le lit d'un ruisseau de la montagne, grimpa sur un rocher d'une quinzaine de pieds de haut, et de là sur un vieux pin couvert de mousse.
Quand le sauvage eut gravi le tronc de l'arbre, il se trouva plus élevé que le rocher; alors il s'attacha par les bras à une branche horizontale, et, semblable à un matelot qui traverse les étais d'un mât et change continuellement la position de ses membres, l'étranger gagna le sommet du rocher. Une fois là, il soutint son corps avec ses mains, et, se laissant doucement tomber de l'autre côté, il continua sa marche. Nous le suivîmes en évitant avec soin de faire le moindre bruit.
L'inconnu franchit plusieurs rochers, dans les crevasses desquels poussaient les pins dont j'avais besoin.
Arrivé là, le vieillard suspendit sa marche pour considérer un énorme pin qui, tombé de vieillesse, produisait encore une infinité de vigoureux rejetons. Le sauvage arracha quatre jeunes pins, qu'il dépouilla de leurs branches pour les placer commodément sur son épaule gauche. Cela fait, il se dirigea vers un petit espace de terrain sur lequel se trouvaient des mangoustans sauvages et des bananes. Après avoir cueilli quelques fruits bien mûrs, le sauvage fit plusieurs détours et arriva sur un petit emplacement ombragé par un arbre couvert de grandes fleurs blanches. Sous la merveilleuse épaisseur des branches de cet arbre, nous aperçûmes une jolie petite hutte construite avec des cannes entrelacées ensemble.
Ce fut avec une véritable admiration que mes regards parcoururent le délicieux entourage de la pittoresque habitation du solitaire, car un goût parfait avait présidé au choix de l'emplacement et à l'harmonieuse disposition des objets extérieurs. À droite de la hutte se trouvait un banc de rochers couvert de tamarins et de muscades sauvages; à la base de ce banc, on voyait une excavation à moitié ombragée par trois grands arbres de bétal, qui, avec leurs troncs droits, à l'écorce d'un blanc argenté, étaient d'une beauté tellement resplendissante, qu'ils semblaient être les Grâces de la forêt. Derrière l'ermitage s'étendait à perte de vue un jungle impénétrable, dans lequel je distinguai le tamarin, la muscade, le cactus, l'acacia et le sombre feuillage du bambou.
Après avoir déposé le paquet de jeunes pins à la porte de sa demeure, le vieux sauvage entra à quatre pattes dans la hutte, dont la porte était très-basse, car le toit, couvert de feuilles de palmier, n'était élevé que de deux pieds au-dessus de la terre.
Pendant que j'examinais attentivement la hutte, un bruit sourd dans le buisson sous lequel j'étais caché me fit tourner la tête, et je vis avec un indicible effroi la tête noire et l'œil brillant d'un cobradi-capello. L'horrible bête dirigeait sa marche vers Zéla, qui, muette de terreur, semblait fascinée par les yeux du reptile.
Le danger de ma femme étouffa ma prudence. Je courus à elle en poussant un cri formidable. Le serpent ne parut point alarmé; il se retira doucement dans un buisson et disparut.
—Oh! le Jungle-Admée, s'écria Zéla.