Je me retournai vivement.

Le vieillard s'avançait vers nous en tenant fermement serrée dans ses deux mains la massue, qu'il faisait voltiger au-dessus de sa tête comme un bâton à deux bouts.

À en juger par la férocité du regard du vieux scélérat décharné, par le grincement de ses dents, par la fureur qu'exprimaient tous ses gestes, il était bien certain qu'il se préparait au combat.

J'avais à la main ma carabine armée; mais, avant d'avoir eu la possibilité de la diriger contre mon agresseur, je fus obligé de reculer vivement en arrière pour éviter un coup de massue. Éloigné du sauvage par ces quelques pas, je visai sa poitrine, et tout le contenu de mon arme fut logé dans son corps. Le vieillard bondit sur ses pieds et vint lourdement tomber sur moi. Le choc me fit trébucher, et, me croyant perdu, je criai à Zéla de courir au bateau, afin de se sauver. Mais, au lieu de fuir, l'héroïque enfant enfonça une lance de sanglier dans le dos du sauvage, en me disant d'une voix calme:

—Il est tout à fait mort, mon ami; levez-vous.

J'eus quelque peine à me débarrasser de l'étreinte du sauvage, et, en me relevant, je vis que la balle, en traversant le cœur, était la cause de l'élan convulsif qui avait failli causer ma perte.

Bien certain de la mort du Jungle-Admée, nous pénétrâmes dans sa maison. L'intérieur différait fort peu de celui des habitations de tous les hommes de l'île, seulement cet intérieur était plus propre, et surtout plus commode.

À un bout de la chambre s'élevait un mur mitoyen, sorte de défense opposée à l'invasion des voleurs pendant l'absence du maître. Sur une table grossièrement construite était soigneusement étalée une provision de racines et de fruits. En vérité, on eût dit que la chambre de cet homme était la demeure d'un philosophe écossais.

En entendant la détonation des mousquets et le son des voix qui nous appelaient, je fus tout surpris de m'apercevoir que nous étions tout près de la mer.

Nous nous hâtâmes de regagner le rivage, où stationnait Van dans son canot.