Un jour, il y a longtemps de cela, étant allé à la rencontre d'un prince de la famille de Bolmar-Singh, près de Rhatuk, dans le voisinage duquel j'avais été retenu pour quelques jours, je dirigeai ma marche vers Ramoon, pays des montagnes Himalaya, et habité par une race sauvage qu'on nomme Silks. J'avais à ma suite un très-petit nombre de domestiques, et une demi-douzaine d'éléphants des montagnes.

Nous traversâmes par des chemins secrets et détournés une grande étendue de terrain couverte d'arbres et de jungles. Je n'ai jamais passé tant de jours sans voir le soleil depuis l'époque où j'ai traversé les sombres chemins de ce pays d'ombrages. Ni le soleil ni le vent n'avaient pu pénétrer le mystère de ces charmilles vierges.

Dans la solitude de ces éternelles ténèbres gambadaient d'énormes hiboux et des chauves-souris vampires, et les rares animaux que nous rencontrions avaient la couleur terne des plantes moussues et moisies.

Le poil des lièvres, celui des renards et des chacals était d'un gris terne, et il y avait dans le fourré des champignons qui, par leur couleur et par leur force, ressemblaient à des lionnes reposant avec leurs petits. Cette ressemblance était si frappante, que, sachant la forêt peuplée de bêtes féroces, nous fîmes à cette vue des préparatifs de défense.

De pauvres plantes rampantes, qui, comme moi sans doute, désiraient un peu d'air, avaient plongé si profondément leurs racines dans la terre, que leur tronc avait atteint la grandeur d'un teah (arbre). Sur ce tronc, elles avaient grimpé de jour en jour pour étaler au soleil leurs fleurs cramoisies.


LXXXVIII

Je ressentis un véritable plaisir quand je pus m'échapper de ce séjour de mort, quand je vis resplendir au-dessus de ma tête l'éblouissant rayonnement du soleil. La scène ressemblait à un lac entouré de forêts; vers l'est, les montagnes s'élevaient à une hauteur étonnante; elles bordent l'empire chinois.

Après avoir traversé un ruisseau, nous arrivâmes à la source d'un torrent des montagnes. Le torrent, rendu aride par l'extrême chaleur, se divisait en petits lacs d'eau saumâtre, et, au milieu d'une couche de gravelle, entremêlée de fragments de rochers, se trouvait une petite île, couverte de mousse, de fleurs et d'arbrisseaux.

La beauté du lieu, la sécurité de la position, nous engagèrent à le choisir pour y prendre quelques heures de repos.