—Ce côté de l'île, nous dit de Ruyter, a été retourné sens dessus dessous par l'action des volcans, et les gens instruits de cet événement croient que l'île Maurice était autrefois liée à celle de Bourbon, mais qu'elles ont été divisées en deux par la force d'un feu intérieur.

Nous vîmes plusieurs énormes cavernes voûtées dans lesquelles la mer s'écoulait avec un bruit de tonnerre; de gros morceaux de rocher gris, rudes et calcinés, étaient entassés les uns sur les autres dans un désordre fantastique, puis la terre s'éleva peu à peu, et nous vîmes des roches escarpées, même au centre de l'île, s'unissant à une montagne qui s'élève comme un dôme.

—Cette montagne, dit de Ruyter, était autrefois une plaine élevée de treize cents pieds au-dessus de la mer, quoique, du côté où nous sommes, elle nous paraisse d'une roideur impraticable; l'autre côté, au Port-Louis, a l'élévation si graduelle qu'un cheval peut aller au galop jusqu'à son sommet, qu'on nomme le Piton du milieu. Ce piton, pointu comme un pain de sucre, est entouré par une plaine.

Nous découvrîmes encore sept montagnes qui ressemblaient à sept grands géants tenant un conseil; puis plusieurs petits promontoires étendant dans la mer leurs racines pleines de rochers, et qui formaient de magnifiques baies, des rivages couverts de sable blanc et des vallées étroites, entrecoupées par des ruisseaux et des rivières verdoyantes et boisées. Ces vallées étaient remplies d'arbrisseaux et de fleurs.

Aston, de Ruyter et moi, nous étions debout sur le pont, armés de télescopes, et nous admirions le ravissant paysage qui se déroulait devant nos yeux.

—Que cette vallée est tranquille et belle! dis-je à mes amis; allons y demeurer.

Puis, quand la marche du vaisseau nous montrait un site plus enchanteur encore, nous répétions la même exclamation.

Tous les trois, nous aimions les beautés de la nature, et de Ruyter se plaisait à nous faire admirer les changements merveilleux de ce splendide panorama.

—Vraiment, m'écriai-je, cette île est le paradis des poëtes orientaux. Quelle est la personne sensée qui voudra quitter cette terre après l'avoir connue? Ô mes amis, abandonnons l'incertain océan, abandonnons la mer capricieuse, la mer aux sourires perfides qui nous attire vers la souffrance, vers le désappointement et vers la mort!

Aston n'était pas moins enthousiasmé que moi, et notre enchantement était partagé par tout l'équipage. La joie illuminait toutes les figures, chaque cause personnelle de chagrin ou de mécontentement était oubliée; l'union et l'harmonie la plus parfaite régnaient sur le vaisseau. Quand nous jetâmes l'ancre, les hommes montèrent aux mâts comme des écureuils, et dans un instant les voiles furent ferlées. Des canots rôdèrent bientôt autour du grab, presque submergés par la grande quantité de poissons et de fruits qu'ils venaient nous offrir.