—Je ne vous comprends pas, me répondit Zéla en ouvrant de grands yeux; laissez-moi, vous me serrez avec trop de violence.
Je posai doucement la jeune fille à terre et je lui fis part de mes craintes; mais elle m'écouta à demi, car, à peine libre, elle courut vers sa vieille nourrice d'un air aussi effrayé qu'un jeune levraut.
Le lecteur aurait tort s'il m'accusait d'exagération dans l'éloge que je fais des Arabes de l'Inde. S'il doute de ma véracité, il en croira peut-être mieux les paroles d'un savant voyageur tout à fait exempt de préjugés. Ce voyageur dit:
«Les Arabes sont nombreux dans l'Inde; ce sont des hommes magnifiques, au teint blanc, aux formes belles, osseuses et musculeuses; leurs mines nobles, leurs costumes pittoresques, leurs regards intelligents, hardis, etc, etc.»
Ceci est donc le portrait du père de Zéla. Sa mère, d'une beauté célèbre, avait été apportée du Caucase géorgien, et le hasard de la guerre l'avait faite deux fois captive. La naissance de Zéla fut la mort de cette femme, et elle quitta le monde, heureuse d'y laisser sa vivante image.
Zéla était belle, plus belle que je n'ai pu la décrire, car je ne suis pas versé dans la science des paroles, et les paroles sont souvent impuissantes à représenter ce que l'œil voit, aussi bien qu'à exprimer ce que le cœur ressent.
LVII
Quand je rejoignis Aston et de Ruyter, je les trouvai en train de discuter sur la nécessité de faire une visite officielle au commandant de Saint-Louis. Comme cette visite, dont ils fixèrent l'heure pour le lendemain, ne me paraissait ni agréable à faire ni urgente à mes intérêts personnels, je priai de Ruyter de vouloir bien m'en dispenser. La soirée se termina très-agréablement, quoiqu'il y eût manqué, pour l'entière satisfaction de mon cœur, la présence aimée de la belle Arabe.
Obligés de nous lever le lendemain aux premiers rayons du soleil, nous nous couchâmes de bonne heure, et, si Aston et de Ruyter se reposèrent, il me fut bien impossible de trouver le sommeil. Mon esprit inquiet me jeta bientôt hors du lit et hors de la maison. J'errai dans les champs, je pris un bain, je tuai les heures, et je vis arriver, sans avoir fermé les yeux un instant, les splendides lueurs de la plus belle journée.