—Quel ange!
Je me mourais de l'envie d'éclater de rire au nez de la dame et à la barbe du marchand; mais je me retins, et je continuai de suivre du regard la marche des emplettes de cet ange si bien nommé.
—Je désire une boîte de métal, dit l'étrangère d'une voix gutturale.
—En voici en or, madame, s'écria l'empressé marchand; aucun autre métal ne doit être touché par vos belles mains.
Ces boîtes étaient très-bien faites, et comme la pensée de donner un souvenir à Aston vint frapper mon esprit, je pris sur le comptoir deux de ces boîtes. Je les examinai, et sans faire attention au prix que me fixa le bijoutier, car je déteste de marchander, je mis les boîtes dans les plis du châle qui entourait mes reins, et je tendis, sans les compter, une pleine main de pièces d'or au bijoutier. Il les prit, calcula la valeur qu'elles représentaient, et voyant que je n'étais ni calculateur, ni même prudent, il doubla le prix de ses boîtes et me soutint que je n'en payais qu'une.
—J'en paye deux, lui dis-je, et au delà même de leur valeur.
—Vous êtes un impudent, un escroc! cria le marchand; et en vociférant ces injures il étendit la main vers moi, saisit le bout de mon turban, et me l'arracha de la tête.
Je me retournai et je lui appliquai un si furieux coup de poing, qu'il tomba comme une masse morte au milieu de ses caisses.
Un Parsée ne pardonne jamais le mal qu'on lui fait; du reste, cette rancune est assez générale. En se relevant, le bijoutier saisit un couteau et voulut se jeter sur moi avec l'intention évidente de me poignarder, mais il n'eut aucun succès dans cette tentative, et elle ne servit qu'à doubler ma colère. Mon sang coulait dans mes veines comme une lave ardente; je bondis vers cet effronté voleur, et après l'avoir souffleté, je lui lançai à la tête une boîte de bijoux.
Les personnes qui se trouvaient dans la boutique, ainsi que celles qui en entouraient la porte, se mêlèrent de l'affaire et prirent fait et cause pour le marchand. La nouvelle de la dispute courut, comme une traînée de poudre, incendier et mettre en rumeur tous les habitants du bazar.