Presque fou de rage, la tête et la figure ensanglantées, le bijoutier m'appelait brigand, assassin, voleur! et il criait à ceux qui m'entouraient:

—Conduisez-le en prison, et s'il résiste, s'il se défend, s'il vous frappe, tuez-le!

La foule augmentait de minute en minute, et enhardies par la certitude d'être secourues, plusieurs personnes s'avancèrent vers moi, pendant que l'exaspéré Parsée tentait de me saisir les bras.

La vue du danger, en calmant ma colère, me rendit le sang-froid dont j'étais si heureusement doué.

Je tirai de ma ceinture un pistolet et un poignard, excellentes armes quand on est pressé entre les remparts d'une foule ennemie, et menaçai mes furieux assaillants.

Les défenseurs du marchand reculèrent. Pendant la minute de trêve que leur hésitation m'accorda, minute qui tint ma destinée par un fil aussi mince qu'un cheveu, je jetai un coup d'œil sur le champ de bataille, et je vis qu'il me serait impossible de me sauver par la porte de la boutique, car elle était encombrée de monde. J'aurais mille fois préféré la mort à l'ignominie d'être traîné en prison par cette foule injuste, cruelle et menaçante, et cependant j'étais sur le point de subir l'effroyable supplice d'une arrestation.

Un profond regard, un regard qui embrassa tous les dangers contre lesquels je voulais lutter, me montra un espoir de salut.

La querelle et les coups qui avaient fait naître un si grand désordre avaient commencé et s'étaient donnés sur le seuil de la porte. Debout à l'entrée de la boutique, tenant, par la vue de mes armes amorcées, la foule à une certaine distance, il me vint à l'esprit de chercher un refuge dans l'antre même de mon ennemi, non pas, bien entendu, dans la pensée d'implorer son appui, que le ladre eût accordé à mes pièces d'or, mais celle de fuir par une sortie que j'avais aperçue en face de la porte.

Je fis donc, pour atteindre mon but de délivrance, un mouvement si rapide, que ceux qui m'entouraient reculèrent.

Un homme tenta cependant de s'opposer à mon passage, je le frappai d'un coup de poignard, je terrassai le bijoutier accouru à l'aide de l'homme, qui était son frère; puis, d'une main de fer, j'arrachai les deux bambous perpendiculaires qui soutenaient le hangar. Le toit s'effondra entre le peuple et moi, et je disparus dans l'obscurité d'un passage qui s'étendait derrière le bazar.