—Signale-t-on particulièrement le voleur? demandai-je à Aston.

—Je ne sais pas, on dit qu'il est Arabe et rien de plus; mais on a arrêté quelques pillards.

—Allumez votre cigare, mon cher Aston, je suis mieux instruit que vous, et je vais vous raconter toute l'affaire.

Grande fut la surprise d'Aston quand il eut appris que j'étais celui qu'on désignait sous le nom de voleur.

—Vous avez commis là, me dit-il, une bien coupable étourderie; elle peut vous causer de graves embarras: le bijoutier a juré pouvoir vous reconnaître entre mille personnes, de plus il a fait serment par sa religion qu'il ne prendrait aucune nourriture avant de s'être vengé.

—S'il tient sa parole, son jeûne le conduira au tombeau, car je partirai cette nuit avec le vent de terre.

Le diable se mêla de l'affaire, car toute la nuit il fit un temps si détestable, que l'impossibilité d'un embarquement immédiat me contraignit à attendre les événements que pouvait amener la journée du lendemain.

Malgré la contrariété que j'éprouvais, j'étais loin de partager les angoisses de mon ami, parce que je n'avais aucune raison qui pût me faire croire que j'étais particulièrement soupçonné, surtout dans une ville où les querelles sont des événements journaliers, où la mort d'un homme est considérée comme une chose de fort peu d'importance, et peuplée de Malais, gens qui, de toutes les nations orientales, sont ceux qui respectent le moins la propriété, et qui de plus ne trouvent pas que l'assassinat soit un crime; mon action ne pouvait être dans cette ville, si souvent le théâtre de brigandages, qu'un événement naturel. J'avais donc peu de dangers à courir; le pillage avait été le crime, car le frère du Parsée n'était pas mort.

Le lendemain, Aston se rendit chez le président; de mon côté, je me promenai dans la ville, après avoir eu la précaution de me coiffer avec un bonnet d'Arrican. Du port, où je recueillis quelques nouvelles, je visitai les boutiques, j'achetai les choses dont j'avais besoin, et de plus je remplis plusieurs commissions très-importantes données par de Ruyter. Ces commissions étaient de prendre sur l'état des affaires du gouvernement quelques renseignements sérieux, et d'envoyer des lettres dans l'intérieur de l'Hindoustan. Un agent français, qui avait des espions dans tous les ports de l'Inde, m'apprit ce que je désirais savoir.

Quoique fort occupé de mes affaires pendant cette matinée, je crus m'apercevoir que j'étais suivi; je rentrai à l'hôtel sans tourner la tête, me croyant accompagné, soit réellement, soit en imagination, par un homme de haute taille.