Chose étrange! quand le bijoutier me saisit, quand il déchira mes vêtements, les boîtes de métal, causes de tant de malheurs, tombèrent de ma poitrine,—car, après ce qui était arrivé, je n'avais pas cru prudent de les donner à Aston, et disparurent dans le gouffre avec le malheureux bijoutier.

Je regagnai tout haletant et presque épuisé de fatigue les bords de l'épouvantable gouffre, et je tombai presque mourant, car une vive douleur alourdissait ma tête, et mon poignet foulé me faisait en outre douloureusement souffrir. Quand j'eus repris l'usage de mes sens, une invincible curiosité attira mes regards vers l'abîme, et les rayons de la lune me le montrèrent dans toute son effrayante profondeur.

Un silence lugubre planait dans l'air; mais ce silence fut bientôt interrompu par les gémissements sourds, par le bruit indistinct que faisait le bijoutier en cherchant à s'arracher aux étreintes de la mort.

Le fond du canal, dans lequel gisait le malheureux, était une mare d'eau stagnante mélangée de sable, de boue et d'ordures envoyées par les débouchés de l'échaudoir. Ce mastic humide ne permettait à un homme ni de trouver un appui ferme pour son pied, ni d'atteindre le désespéré refuge de la mort en se laissant couler au fond de l'eau. Les efforts que faisait le Parsée pour reprendre son équilibre augmentaient, au lieu de les amoindrir, les dangers de sa situation. La lourdeur de la chute du malheureux lui avait creusé un lit dans le gouffre, et ses pénibles luttes l'enfonçaient de plus en plus dans la gluante composition de cette bourbe immonde.

Penché sur l'abîme, je suivais avec angoisse le mortel combat que livrait ce malheureux; mais il m'était difficile de distinguer autre chose qu'une masse sombre qui se tordait en faisant entendre le râle sinistre d'une suprême agonie.

Ce spectacle était horrible, et, quoique d'une nature peu impressionnable, je me trouvais incapable d'en supporter la vue sans frissonner de la tête aux pieds.

Moralement, et presque physiquement, je souffrais autant que mon ennemi.

Le vain espoir de porter secours au Parsée me fit jeter autour de moi des regards d'une anxieuse interrogation; mais j'étais seul sur un emplacement vide, et la splendide clarté de la lune, tout à fait dégagée d'un voile de nuages, me montra l'impossibilité de mes espérances.

Le cœur serré de ne pouvoir rien faire pour cet homme, dont les plaintes retentissaient à mon oreille comme un sanglant reproche, je voulus fuir le théâtre de ses souffrances; mais ma faiblesse corporelle, ou plutôt une fascination sauvage, me retint involontairement auprès du moribond. La pensée d'aller chercher du secours dans le port, celle de donner l'alarme, me vinrent à l'esprit; car, entièrement occupé du pauvre marchand, je ne songeais pas au danger dans lequel mon dévouement pouvait m'entraîner.

Ce dévouement eût été inutile.