Le pont supérieur était couvert d'un paillasson, et ses sauvages habitants, coiffés avec des feuilles de palmier, n'avaient point d'autres vêtements. À mon approche, un homme mince, osseux et d'une haute taille, vint au-devant de moi.
Cet homme se distinguait de son farouche entourage par la blancheur de sa peau et par la différence de son accoutrement. Avant de lui adresser la parole j'examinai un instant sa figure. Je vis que des traits saillants et réguliers, des cheveux blonds, un visage ovale avaient fait de cet homme un être d'une beauté réelle, beauté qu'il eût conservée si un tatouage extraordinaire et grotesque n'avait point effacé la délicatesse du teint et grossi le modelé des formes. Ce hideux tatouage couvrait la figure, les bras, la poitrine, et l'image peinte d'un affreux serpent était enlacée autour de la gorge, de manière à faire croire que, non content d'étrangler sa victime, le reptile voulait encore se précipiter dans sa bouche, car une tête armée d'une langue rouge et pointue était dessinée sur la lèvre inférieure. L'œil vert et la langue effilée du serpent étaient si bien rendus, qu'en voyant l'homme agiter sa mâchoire il semblait que l'affreuse bête se mît en mouvement.
Ce tatouage d'une sauvagerie inouïe faisait ressortir le front calme et les yeux pensifs de l'étranger. Mon rapide examen avait embrassé tous les détails dans l'ensemble, et il était achevé quand le capitaine me demanda d'une voix douce et d'un ton aussi affable que poli:
—Vous êtes Anglais, monsieur?
—Oui, monsieur. Et vous?
—Moi, je suis de l'île de Zaoo.
—De l'île de Zaoo? Où est-elle située? Je n'en ai jamais entendu parler.
—Dans la direction de l'archipel de Sooloo.
—Tout cela est étrange, lui dis-je, car je ne connais ni l'île dont vous me parlez, ni l'archipel où elle se trouve. Mais êtes-vous de ces îles?
—Oui, monsieur.