Il était trop tard.
Fonseca, transporté de rage, n'entendit rien, ne comprit rien. D'une main plus assurée, il avait dirigé son épée contre la poitrine de celui qu'il croyait son ennemi. Mais ce ne fut pas Calderon qu'il atteignit au cœur. Ce fut Margarita, qui tomba baignée dans son sang aux pieds du pauvre insensé.
—Mortes toutes deux! murmura Calderon.
Et il tomba aux côtés de sa fille, comme s'il eût été frappé du même coup.
En ce moment le prince d'Espagne descendit l'escalier. Il était livide, et ses pieds furent arrosés du sang de la vierge martyre!
—Misérable! qu'as-tu fait? dit-il à Fonseca.
La jeune fille expirante tourna vers Fonseca ses yeux pleins d'une expression céleste; ensuite elle se traîna sur le sein de Rodrigues, et dit d'une voix éteinte:
—Pardonne-lui, mon père, je dirai à ma mère que tu m'as bénie.
À la suite de ce terrible événement, plusieurs jours se passèrent sans qu'on entendît parler de Calderon à la cour, où l'on ne pouvait s'expliquer son absence. Les ennemis de Calderon profitèrent de son éloignement. Le complot formé contre lui allait éclater. Les partisans d'Uzeda avaient maintenant pour eux l'inquisition. Aliaga, nommé grand inquisiteur, préparait avec eux la perte de Calderon. Mille infernales calomnies avaient été inventées contre le favori, et le roi, qui n'avait pas été prévenu du motif de son absence, soupçonnait la conduite de Rodrigues, et se montrait profondément irrité contre lui.