—C'est vous, don Martin? dit-il. Les saints en soient bénis! On vous a indignement trompé.
—Parle, voyons, n'hésite pas; dis-moi toute la vérité.
—Je connaissais le gentilhomme qui est venu enlever la novice; j'ai tremblé pour vous lorsque j'ai vu Calderon prendre la jeune fille dans ses bras et la placer dans la voiture; mais je me suis rassuré en pensant que j'allais, comme c'était convenu, l'accompagner dans sa fuite. Il n'en fut pas ainsi. «Cache-toi, me dit sèchement don Rodrigues; demain, je te fournirai les moyens de quitter Madrid.» Je ne sus que répondre, mais je suivis la voiture. Je connais cette maison; c'est un lieu infâme: c'est le théâtre des orgies et des débauches de l'infant d'Espagne; chaque nuit qu'il y passe porte le déshonneur dans une famille.
—Ciel! s'écria Fonseca; mais j'entends du bruit, j'entends des cris dans cette odieuse maison!
Il allait enfoncer la porte lorsqu'elle s'ouvrit tout à coup.
Au milieu des cris confus et inarticulés, on distinguait le bruit d'une lutte. Fonseca s'avança rapidement. Un juif, précipité en bas de l'escalier, vint tomber à ses pieds. Ensuite parut Calderon. Il tenait son épée d'une main et soutenait Margarita de l'autre. Un autre homme cherchait à le retenir, mais en vain.
—Fonseca! cria Margarita, qui aperçut le jeune homme, sauve-moi!
—Oui, dit don Martin d'une voix de tonnerre, je viens te sauver et punir un lâche! Laisse ta victime, Rodrigues, et défends toi!
En parlant ainsi, il croisa son épée contre celle de Calderon.
—Ce n'est pas lui qu'il faut frapper! cria Margarita en se précipitant sur le sein de son père.