Au reste, quelle que fût la naissance de Calderon, on ne pouvait lui refuser une éducation brillante et une instruction solide, car les savants vantaient son mérite et se glorifiaient de son patronage.
Le peuple, qui voyait son influence si grande sur le monarque et son autorité si fortement établie, pensait qu'il avait fait un pacte avec le diable.
Cependant, tout l'art de Calderon, qui n'était rien moins qu'un magicien, consistait à se servir de ses hautes facultés dans l'intérêt de son égoïsme et de son ambition.
Rien ne lui coûtait pour atteindre son but, et ce système n'avait même pas le mérite de la nouveauté dans un monde où le succès justifie tout.
Une mission diplomatique l'avait forcé de s'absenter de Madrid pendant plusieurs semaines: aussi les courtisans se pressaient-ils en foule à son premier lever. Calderon dédaignait le luxe de la toilette; il portait un manteau et un habit de velours noir sans broderie d'or. Sa chevelure était noire et luisante comme l'aile du corbeau; son front, sauf une ride profonde entre les sourcils, était blanc et uni comme un marbre; son nez aquilin et régulier; ses moustaches retroussées et sa barbe taillée en pointe donnaient un étrange éclat à son teint, un peu cuivré.
Bien qu'il fût dans la maturité de l'âge, il conservait un air de jeunesse; sa taille haute et admirablement proportionnée, ses manières naturellement gracieuses, sa fière et noble mine, faisaient de Calderon un des plus beaux cavaliers de cette cour si brillante. En un mot, c'était un homme fait pour commander à un sexe et pour fasciner l'autre.
Les courtisans vinrent tour à tour lui présenter leurs hommages, mais il ne les accueillit pas avec la même faveur; il y avait des nuances et des degrés dans sa politesse. Sec, incisif avec les gens qui n'avaient point à ses yeux de valeur réelle, il gardait avec les grands une attitude digne et fière. Devant un Guzman ou un Medina-Cœli, il s'inclinait profondément; on voyait errer sur ses lèvres un imperceptible sourire qui révélait le mépris qu'au fond du cœur lui inspirait l'humanité. Enfin il était familier, mais bref dans ses discours, avec les rares personnes qu'il aimait ou estimait réellement; mais vis-à-vis de ses ennemis et des intrigants qui rêvaient sa ruine il prenait un air de franchise, de cordialité et d'abandon; ses manières étaient pleines de charme et sa voix devenait caressante.
Sans se mêler à ce troupeau de courtisans, don Martin Fonseca, la tête haute et les bras croisés sur la poitrine, jeta sur Calderon un regard de curiosité et de dédain.
—J'ai contribué, pensait-il, à l'élévation de cet homme, dont je viens aujourd'hui solliciter la faveur.
Don Diego Sarmiente de Mendoza venait de recevoir un salut de Calderon, quand les yeux de ce dernier s'arrêtèrent sur la mâle et noble figure de Fonseca. Le front du favori se colora soudain d'une vive rougeur. Il se hâta de promettre à don Diego tout ce qu'il désirait, puis, tournant le dos à une foule de courtisans, il rentra avec vivacité dans son appartement. Fonseca, qui s'était vu reconnu par Calderon, et qui n'augurait rien de bon de son brusque départ, allait s'éloigner du palais, lorsqu'un jeune page vint lui frapper sur l'épaule en disant: