—Des nids d'oiseaux.
—Des nids d'oiseaux! s'écria le capitaine; comment! coquins, me prenez-vous pour un imbécile? Des nids d'oiseaux... brutes stupides! menteurs, insolents moricauds! je vais vous en donner, des nids d'oiseaux! Ouvrez les écoutilles!
Les matelots anglais fouillèrent le fond de cale, stupéfaits de ne trouver dans le vaisseau que des sacs de toile remplis de sales et boueux nids d'hirondelles. Croyant toujours que cet engrais gluant n'était là que pour cacher un transport plus précieux, les Anglais en jetèrent une grande partie dans la mer, afin d'arriver plus vite à la découverte de la véritable possession des Espagnols. Après avoir vidé le vaisseau, après l'avoir fouillé, sondé, visité, du pont en bas, les accapareurs restèrent les mains vides: il n'y avait réellement que des nids d'oiseaux. La tristesse désespérée des Espagnols excita la gaieté des Anglais. Ils accablèrent donc leurs prisonniers des réflexions les plus moqueuses sur l'étrange chargement qu'ils avaient pris aux îles Philippines.
À son retour sur le brigantin, l'officier fit à son commandant un récit circonstancié de la visite qu'il venait de faire.
—Les Espagnols n'avaient point menti, dit-il en riant; ils étaient véritablement gardiens d'un fumier d'ordures; je les ai débarrassés de ce sale arrimage.
—Vous avez bien fait, répondit le stupide commandant, et, comme le vaisseau est espagnol, nous devons le garder; il n'a plus que du ballast, il est vrai, mais le corps a quelque valeur.
—Vraiment, s'écria encore le stupide commandant, ces pauvres Espagnols avaient perdu la tête le jour où il leur vint la sotte idée de remplir leur vaisseau de bourbe, et à plus forte raison de mettre cette puante glaise dans des sacs.
À la suite de ce beau raisonnement, le capitaine chargea un midshipman et quatre marins de prendre la direction du vaisseau et de le conduire dans le port le plus voisin.
La seule chose sensée que fit ce John Bull fut de transporter sur le brigantin les prisonniers espagnols, qui, sans cette précaution, se seraient certainement permis de reprendre leur vaisseau.
À son arrivée dans un port chinois, le commandant raconta d'un air plaisant le tour de moquerie qu'il avait joué aux Espagnols. Son récit fut accueilli par un blâme si général, que le niais personnage comprit enfin la perte considérable qu'il venait de faire.