—Et pourquoi? s'écria Fonseca pâle d'émotion; d'où vient un changement si soudain? Est-ce que la reine?...

—Je ne l'ai pas vue; mais le roi s'est formellement prononcé à l'égard de la jeune novice. L'inquisition est du même avis; l'Église crie au scandale: elle se plaint de la perte de son autorité; personne n'ose intercéder en faveur de Margarita.

—Ainsi, Rodrigues, il n'y a plus d'espoir?

—Non; ne songez plus maintenant qu'à la glorieuse vie des camps. Tâchez d'oublier Margarita.

—Jamais! s'écria le jeune homme. Quoi! j'aurais mainte fois versé mon sang pour le service du prince, et je ne pourrais pas obtenir une faveur qu'il lui était si facile de m'accorder? Puisqu'il en est ainsi, je brise mon épée! Mais, crois-le bien, Calderon, je ne renonce pas à mon projet. Margarita ne restera pas enterrée dans son tombeau vivante; je saurai braver les espions du saint-office et pénétrer dans le cloître; j'enlèverai la femme que j'aime, et j'irai avec elle dans un pays étranger chercher le bonheur qu'on me refuse en Espagne. Je ne crains ni l'exil ni la pauvreté, et je ne demande au ciel que ma maîtresse: j'obtiendrai le reste avec mon épée.

—Ainsi, vous persistez à vouloir enlever Margarita? dit Calderon d'un ton distrait: après tout, c'est peut-être le plus sage si vous vous y prenez adroitement et avec les précautions nécessaires. Mais avez-vous le moyen de voir Margarita?

—Oui, hier je suis allé au couvent, et, comme la chapelle est une des curiosités de Madrid, j'ai pu y pénétrer sans exciter le moindre soupçon. Le hasard m'a servi, et j'ai reconnu dans le portier un ancien serviteur de mon père. C'est un vieux soldat dégoûté de sa nouvelle profession, et qui consent à me suivre. Il doit remettre une lettre à Margarita, et j'aurai la réponse aujourd'hui même.

—Don Martin, que le ciel vous protége! je vous aiderai de tout mon pouvoir, répliqua Calderon en faisant un signe d'adieu au jeune homme, qui s'éloignait sans remarquer le trouble et la pâleur de Rodrigues.


VI