—Ne t'abuse pas, dit le duc en souriant. Le roi n'a pas longtemps à vivre... je le tiens de son médecin. Sache donc qu'un complot formidable a été formé contre toi. Sans son confesseur et moi, Philippe t'eût déjà sacrifié à la colère du peuple et des courtisans. C'est ton influence sur l'infant qui te sert d'égide. Fais donc en sorte que le duc d'Uzeda n'obtienne jamais l'amitié du prince.

Calderon fit un geste d'assentiment, et le duc entra dans le cabinet du roi.

—Insensé que j'étais, se dit Calderon, moi qui croyais avoir encore une conscience!... Quoi! je serais supplanté par un Uzeda? Non, il n'en sera pas ainsi!

Le lendemain, le marquis de Siete-Iglesias se présenta au lever du prince. L'infant jeta sur Rodrigues un regard sévère, lui tourna brusquement le dos... et il affecta de causer amicalement avec Gonzalez de Léon, un des ennemis de Rodrigues. On vit alors les courtisans, naguère si humbles et si rampants devant Calderon, s'en éloigner prudemment. Mais ce n'était que le commencement de sa disgrâce. Uzeda parut bientôt: l'infant courut à lui, et un instant après on les vit entrer ensemble dans le cabinet particulier du prince.

—L'étoile de Calderon pâlit,—se dirent les courtisans.

Mais l'orgueilleux ministre ne fut pas de cet avis; un sourire de triomphe ne quitta pas ses lèvres, et ses joues pâles se colorèrent d'une vive rougeur quand il fendit la foule pour monter dans sa voiture et retourner à son palais.

À peine Calderon s'était-il retiré dans son cabinet, que Fonseca, fidèle au rendez-vous, se faisait annoncer.

—Eh bien, Rodrigues, avons-nous de bonnes nouvelles?

Calderon hocha tristement la tête.

—Mon cher pupille, dit-il d'un ton plein de cordialité, nul espoir ne vous reste; oubliez un vain rêve; retournez à l'armée. Je puis vous assurer de l'avancement, un grade magnifique, mais il n'est pas en mon pouvoir de vous faire obtenir la main de Margarita.