—Rodrigues, cria Fonseca, je suis heureux de votre arrivée. Ces misérables ont osé porter la main sur un officier espagnol, en se disant porteurs d'un ordre du duc de Lerme.

—Avez-vous en effet un mandat d'arrêt contre ce gentilhomme? demanda Calderon au chef des alguazils.

Celui-ci présenta l'ordre dont il était porteur.

Calderon le lut lentement, le rendit à l'alguazil, et puis, prenant à part Fonseca:

—Êtes-vous fou? lui dit-il à voix basse, croyez-vous pouvoir résister aux lois? Si je n'étais arrivé à propos, pour un mince délit dont on vous accuse, vous alliez commettre un crime capital. Suivez ces gens, ne craignez rien. Je verrai le duc et j'obtiendrai votre mise en liberté. Demain, nous irons ensemble au rendez-vous convenu.

Fonseca, le cœur gonflé de rage, allait répliquer; mais Rodrigues se hâta de lui imposer silence. Le ministre se tourna ensuite vers les alguazils.

—Il y a ici, dit-il, une erreur qui sera réparée demain. Traitez ce gentilhomme avec le respect et la considération dus à sa naissance et à son mérite. Allez, don Martin, ajouta-t-il à voix basse, allez, sinon Margarita est à jamais perdue pour vous.

Vaincu par cette menace, Fonseca remit son épée dans le fourreau et suivit les alguazils en gardant un morne silence.

Calderon, immobile et absorbé dans ses réflexions, les laissa froidement s'éloigner. Bientôt, chassant une pensée importune, il donna ordre à ses gens de le précéder, puis il remonta dans sa voiture et se fit conduire chez le prince d'Espagne.