—Non, Fonseca, je ne veux pas vous perdre. Cette lettre, le roi la montrerait au duc de Lerme. Ce n'est pas ainsi que les hommes sensés doivent supporter l'infortune: serais-je aujourd'hui ministre si, à chaque revers qui m'accablait, j'eusse agi sans réflexion et comme un homme en délire? Voyons, examinons ce qui nous reste à faire.
—Avant ce soir je prétends être libre, sinon je ne veux rien entendre.
—Écoutez... une idée me frappe! on veut, pour vous rendre la liberté, que vous renonciez à Margarita. Mais qu'arriverait-il si le duc de Lerme pouvait croire que c'est la novice qui vous abandonne; si, par exemple, elle s'échappait du couvent, comme cela est convenu, et qu'on parvînt à persuader au duc qu'elle s'est fait enlever par un autre que vous.
—Ah! pas un mot de plus!
—Pourquoi? Mais pesez donc tous les avantages d'un pareil stratagème. Il vous sauvera tous deux; si elle s'échappe seule, le duc n'aura aucun intérêt à la poursuivre; elle pourra en sûreté gagner la France, et courra mille fois moins de dangers que si elle fuyait avec vous, qui occupez dans l'État un rang considérable. L'inquisition, qui déteste la noblesse, vous accuserait de sacrilége; votre captivité éloignera tout soupçon de complicité avec Margarita, et le projet que vous avez formé réussira mieux qui si vous l'exécutiez personnellement. Le duc de Lerme, qui croira que dans votre cœur le ressentiment a tué l'amour, vous rendra la liberté, et vous rejoindrez Margarita.
—Mais, dit Fonseca, frappé par le raisonnement de Rodrigues, qui donc prendra ma place auprès de Margarita? Qui donc l'enlèvera du couvent?
—Ne ferais-je pas cela pour vous? dit Calderon en souriant. J'emmènerai Margarita au rendez-vous indiqué: elle y restera cachée jusqu'au jour où le saint-office cessera ses poursuites. Puis je la ferai conduire au lieu qu'il vous plaira de désigner.
—Et vous croyez que Margarita consentira à suivre un étranger? Non, c'est impossible, je n'approuve pas ce projet!
—Eh bien, à parler franchement, il ne me sourit pas davantage, répliqua froidement Calderon; les dangers que je me proposais de courir pour vous sont trop imminents. Je ne vous aurais pas fait cette offre, Fonseca, si je n'y eusse été poussé par la pensée que voici: si le duc de Lerme allait voir la jeune novice, s'il l'effrayait par ses menaces, s'il décidait l'abbesse à abréger le noviciat, la jeune fille serait à jamais perdue pour vous.
—Ils ne le feront pas! ils ne l'oseront pas!