VIII
Minuit venait de sonner à la chapelle du couvent. Le long des murs sombres du vieil édifice s'avança lentement un homme de haute taille, enveloppé d'un manteau; le bruit de ses pas éveilla de longs échos dans le lieu saint; puis d'un confessionnal sortit une blanche forme de femme, et une douce voix murmura:
—Est-ce toi, Fonseca?
—Venez, répondit-on à voix basse.
Cette voix, qui lui était inconnue, fit reculer Margarita toute tremblante; mais l'homme la saisit par le bras et l'entraîna rapidement hors de la chapelle. Au dehors, le portier les attendait; il tenait un manteau qu'il jeta sur les épaules de la novice. L'étranger fit avancer une voiture, Margarita y monta avec lui, et les chevaux partirent ventre à terre.
Interdite et à moitié morte de frayeur, la novice ne comprit d'abord rien à ce qui se passait. Quand elle eut repris ses sens, elle se vit seule avec un inconnu.
—Où me conduisez-vous? demanda-t-elle. Où est Fonseca?
—Ne soyez pas étonnée, senora, si don Martin n'est pas à vos côtés; il m'a remis une lettre que dans un instant vous pourrez lire, et alors vous saurez tout.
La voiture s'arrêta devant une maison isolée. Calderon descendit et frappa deux coups à la porte. Un vieillard, qu'à sa barbe pointue et à ses traits anguleux on reconnaissait pour un fils d'Israël, vint ouvrir aussitôt.
Calderon lui dit quelques mots à voix basse; puis, avec une grande politesse, il aida Margarita à descendre. Il la conduisit, par un escalier rapide et sombre, dans une chambre richement meublée. Dans tous les angles de cette pièce, des candélabres d'argent massif étincelaient sur des piédestaux de marbre blanc. Au milieu de l'appartement était dressée une table couverte de vins exquis et de fruits les plus rares. Le luxe de cette chambre contrastait étrangement avec l'extérieur délabré de la maison et l'aspect du juif ignoble et dégoûtant qui en était le gardien.