Calderon donna à la novice la lettre de Fonseca.
La jeune fille la lut avidement.
Pendant cette lecture, Rodrigues tint constamment sur elle son œil inquiet et fixe.
Rodrigues avait résolu de se prêter aux désirs du prince, car sa fortune dépendait de sa complaisance; mais son intention n'était pas de sacrifier entièrement Fonseca.
Plein de mépris pour l'espèce humaine, ne voyant partout que fourberies et trahisons, Calderon n'était pas convaincu, comme l'était Fonseca, que l'ancienne actrice fût un ange de vertu et de dévouement.
Il voulait savoir si elle résisterait aux manœuvres hardies et aux offres séduisantes de l'infant d'Espagne; si elle succombait, il conservait les grâces du prince et l'amitié de Fonseca, en lui prouvant que Margarita était indigne de son amour. Mais si la jeune fille résistait à l'infant, il était fermement décidé à la faire échapper et à protéger sa fuite, sans pouvoir être accusé par le prince de complicité. C'est ainsi que Calderon conciliait deux choses fort opposées: la conscience et l'ambition.
Mais, tandis que ses regards étaient fixés sur Margarita, d'étranges pressentiments l'assaillirent; son cœur, plein des souvenirs du passé, battit précipitamment dans sa poitrine. L'innocence et la grâce exquise de la jeune novice, ses formes délicates et presque aériennes, tout, en un mot, semblait lui faire un reproche de sa trahison et éveiller dans son âme une profonde pitié.
La lecture de la lettre de Fonseca redoubla les angoisses secrètes de la jeune fille. Elle se tourna vers Calderon; l'aspect et les traits de cet homme la frappèrent.
Il venait d'ôter son manteau et son chapeau.
Leurs regards se rencontrèrent. Soudain Margarita, qui semblait anéantie, tressaillit et poussa un cri perçant.