Charles d'Este trouva Arcangeli qui l'attendait dans le salon, avec une collation de gâteaux, de raisins et de pêches. Il mangea quelques grains de muscat, et but un peu de vin d'Espagne, tout en se plaignant fort d'une excessive fatigue; mais le Duc voulut toutefois, avant que de s'aller mettre au lit, écrire à son notaire, à Genève. On a conjecturé depuis, que c'était pour lui expédier quelques lignes de testament, ou, tout au moins, pour annuler celui qu'il avait déposé dans son étude. Quoi qu'il en soit, quand l'Italien revint, avec une écritoire, le Duc était sur sa chaise percée, entre deux laquais qui l'y avaient mis; et ne dit mot, le voyant approcher. Soudain, on s'aperçut qu'il balbutiait, et au même instant, il se laissa tomber de côté, en apoplexie, sur Arcangeli qui le retint.

Tout l'hôtel, en un moment, fut sur pied. On courut chercher du secours, mais le Duc était sans espérance. Le premier médecin qui vint, l'étendit à la hâte, sur un canapé, et l'y saigna; mais on ne parvint à tirer de lui, que de faibles signes de vie. En moins de deux heures, tout fut fini, pendant lesquelles, Arcangeli fut assez justement soupçonné de s'être bien garni les mains, par avance; car on ne retrouva que peu d'argent, dans le secrétaire de Son Altesse. La précaution d'ailleurs, vint à propos. En effet, ni lui, ni Franz, ni Christiane, ni le prince Wilhelm, ni le roi de Hanovre, ni aucun membre de la famille, pas un ami, pas un serviteur, n'eut une obole du testament. M. Smithson, le seul excepté, était inscrit pour un legs d'un million. Il convient d'ailleurs, d'insérer ici cette pièce, telle qu'elle a paru dans divers journaux, car elle peint, jusqu'après la mort, le caractère de Charles d'Este.

Testament olographe de S. A. S. Charles d'Este, Duc de Blankenbourg.

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

Etant présentement dans la ville de Genève, à l'hôtel Beaurivage où je suis logé, le quatorze décembre, mil huit cent soixante-quinze, moi, Ferdinand, Charles d'Este, duc souverain de Blankenbourg, Lunebourg, Wolfenbuttel etc... par la grâce de Dieu, sain de corps et d'esprit, j'ai écrit de ma main, le présent testament olographe, qui contient mes dernières volontés.

Je veux qu'après ma mort, on me mette dans un cercueil, dont voici la description:

Qu'il soit fait d'une forme semblable à celui de mon père, seulement plus grand encore; qu'il soit du meilleur bois, doublé du plus beau velours de Gênes rouge foncé, garni de galons et de franges d'or.

Qu'il y ait des deux côtés, mes armes complètes, avec toutes mes décorations brodées en or, telles qu'elles sont peintes sur mon carrosse d'Etat blanc; aux deux extrémités, en haut et en bas, un K allemand, avec la couronne royale.

Sur le dessus du cercueil, il y aura une couronne eu argent doré, reposant sur un coussin de velours, garni également de galons et de franges d'or très riches; au-dessous, mon sabre de chevalier, en or, avec sa coquille et son ceinturon, mes étoiles et décorations, c'est-à-dire les grandes, qui n'ont pas besoin d'être renvoyées aux grands-maîtres.

Qu'il y ait également, en haut du cercueil, mon portrait peint par Funica.