Il signa, mit l'adresse au bas: Monsieur le baron James de Rothschild, présenta la traite à la chanteuse, puis, tandis qu'il ramassait son stick et son chapeau:
—Ne vous servez donc plus d'extrait d'œillet, reprit-il. Je ne puis souffrir cette odeur; allons, adieu, ma chère; avant trois jours, votre appartement sera prêt.
Il ne fit, pendant le trajet, que rire dans sa barbe, et se moquer à part soi, du bon tour qu'il jouait à ces badauds de Parisiens. Que de bruit, que de conjectures sur cette disparition de la Belcredi! Il avait fallu cette idée, et je ne sais quelle jalousie de despote contre le public, pour tirer le Duc de son apathie. Il fut frappé en arrivant, du désordre et de la confusion, et de la dispersion des valets à son approche.
—Quoi? qu'est-il donc arrivé?
Et comme Karl balbutiait des mots sans suite, le Duc s'élança vers son appartement, redoutant quelque horrible malheur: César malade, ou la perruche morte. Tous ses enfants y étaient réunis, épars, assis et debout, et même Augusta, les yeux pleins de larmes, qui coulaient de temps en temps. Le comte Franz tenait en main une lettre que, d'un mouvement instinctif, il voulut cacher, quand son père entra.
—Donnez! dit le Duc, et il lut.
La longue dépêche du comte d'Œls contenait le texte du traité conclu entre la Prusse et le Blankenbourg. Le prince Wilhelm était nommé duc, ou, pour parler diplomatiquement, invité à vouloir bien se charger du gouvernement du duché.
—Les voleurs! murmura Charles d'Este, en pâlissant extraordinairement.
Ce fut une colère et une douleur sèches. Il resta trois jours sans parler, vaincu, moribond, anéanti. L'Italien lui lisait les gazettes, les dépêches de M. d'Œls, et la pauvre Altesse se consolait à l'aide du malheur des autres. Il était complet pour le Hanovre, le duché de Nassau, et le grand électorat de Hesse, incorporés à la Prusse. Brême, Hambourg perdaient leurs privilèges de villes libres. La Bavière, le Wurtemberg signaient des traités désastreux, et l'Autriche, amoindrie par la cession de la Vénétie, devait payer, en outre, une très forte indemnité de guerre. Tout le système politique de l'Allemagne était bouleversé au profit de la Prusse.