—Vous alliez sortir? dit Charles d'Este.

—Oui, répondit-elle, j'allais répéter, et elle eut un geste d'insouciance exprimant que rien n'était moins important.

—C'est donc vrai, fit le Duc qui se leva, vous êtes engagée? et rompant brusquement la glace, il lui dit en la regardant entre les yeux, debout, et les deux mains posées sur la table:

—Eh bien! je m'en viens vous prier de ne plus désormais chanter que pour moi seul.

Elle demeura impassible, et une faible rougeur témoigna seule de son émotion, pendant la longue pause qui suivit. Etait-ce la joie du triomphe? Avait-elle osé se promettre qu'un jour Charles d'Este lui appartiendrait? Grande, élégante, l'air haut et noble, et quelque chose de majestueux dans le maintien, elle montrait au Duc un sourire de sphinx, des yeux bleus, profonds et redoutables. Elle répondit simplement:

—Votre Altesse n'ignore pas que c'est tout mon avenir qu'elle me demande.

Elle se tenait devant lui, comme attentive à le percer de ses regards. Alors le Duc, lui saisissant la main, la baisa au-dessous du poignet.

—Je le sais, répliqua-t-il, et je l'entends ainsi. Vous viendrez habiter mon hôtel, en attendant que nous repartions pour Blankenbourg; et se levant, comme après affaire conclue, il se mit à faire quelques tours de chambre, en disant des douceurs à la Belcredi, et s'arrêtant parfois à ouvrir les écrins, ou à considérer les couronnes, dont quelques-unes pendaient aux murs. L'une d'elles, reçue à Naples, était toute garnie de coraux rouges, et le duc Charles en plaisanta; puis, après un peu de silence, il se rassit, demanda une plume, griffonna cinq ou six mots sur une page blanche, et levant la tête:

—De combien est votre dédit?

—De cinquante mille francs, Monseigneur.