—Oui! oui! après! interrompit le comte, qui savait bien que ce déluge provenait d'un nouveau refus d'épouser...

—Mademoiselle, tout à coup, avait demandé une voiture, et donné l'ordre au cocher, croyait-on, pour un embarcadère de chemin de fer. Franz envoya chercher Arcangeli, mais le cher frère fit l'aveugle, qui n'avait rien vu, ne savait rien.

—Allons, Giovan, dis-moi où est ta sœur?

—Hé! bonne Vierge; l'avait-il dans sa poche! et n'y tenant plus, l'Italien s'exclama contre de tels soupçons, protesta de son ignorance, et se déchaîna même contre Emilia, avec peu de ménagement.

Le lendemain pourtant, d'assez bonne heure, il se présenta chez le seigneur comte, et après une verbeuse préface, Arcangeli nomma Saint-Germain, où s'était enfuie Emilia, et qu'il venait, à l'instant même, disait-il, d'apprendre par un court billet.

Franz partit tout de suite, à la chaude, n'ayant dans le cœur et dans la tête, que de revoir sa maîtresse. Il comptait avoir recours là-bas, à l'un de ses intimes amis, le marquis de Courson, lieutenant aux hussards, qui lui aiderait ses recherches; mais en sortant de wagon, le doute lui vint justement, si la maison du marquis n'était pas le refuge de son Hélène. Rien d'impossible au sproposito, quelque déconcertant qu'il parût. Le jeune homme, en maintes occasions, avait rendu à l'Italienne des soins et des attentions, qui avaient été bien reçus; et d'ailleurs, le désir de se faire chercher et de piquer la jalousie de Franz, avait peut-être autant de part à l'étrange fuite d'Emilia, que ce grand efflanqué de Courson, avec le jaune, la laideur et les bourgeons dégoûtants de son visage. Ce fut à quoi Franz s'en alla rêver, dans l'allée de la Terrasse, et les nombreuses vraisemblances qu'il trouvait à cette explication, le défrayèrent sur le chemin. Il visita ensuite le château, rôda quelques instants, aux abords de l'hôtel du marquis, d'où la frayeur d'une scène publique, en cas qu'Emilia sortît, ne tarda pas à le chasser; puis, après avoir déjeuné, le comte rentra gaiement à Paris, persuadé qu'on se jouait de lui.

Franz se mit au lit de bonne heure, et passa une soirée charmante à raisonner de cette escapade, cœur à cœur, avec Louis, son valet de chambre. Il trouva, en se réveillant, une lettre de la fugitive, qui donna toute la lumière dont l'affaire avait encore besoin, et curieuse aussi, dans sa sécheresse, pour bien connaître l'Italienne, de qui, si les actions étaient fort romanesques, le style n'y répondait pas toujours:

«François,

«Vous êtes venu aujourd'hui ici pour prendre des renseignements; vous avez eu tort de retourner sans voir le marquis, car je suis dans sa maison. Je suis venue lui demander un abri pour quelques jours, jusqu'à dimanche; vous savez que je ne voulais pas rester votre maîtresse, à offenser la Vierge et les Saints.. Mais il serait inutile de répéter toutes les raisons.

Si donc vous n'êtes pas décidé à m'épouser, je serai dimanche, la maîtresse du marquis. Je vous jure à genoux sur l'âme bienheureuse de mon père, que jusqu'à présent, rien ne s'est passé.