—Le comte Otto est bien né, Monseigneur, mais il a été mal fouetté.

—Oh! Sire, s'écria le Duc, mon fils et moi avons tant d'ennemis!

—Il serait pourtant à propos, reprit doucement Napoléon, que le comte Otto voyageât, et s'éloignât pendant quelque temps; puis, comme le Duc faisait mine de vouloir disputer là dessus, Sa Majesté y coupa court aussitôt, en déclarant d'un ton de maître, qu'Otto, par ce qu'il était né, eût dû garder plus de respect pour lui-même, qu'il ne fallait pas moins qu'être le fils de Son Altesse pour que l'on consentît à fermer les yeux, que le scandale de sa conduite ne se pouvait déjà plus couvrir par son nom et sa dignité, en un mot comme en cent, que le comte devait partir.

—C'est bien, Sire, j'obéirai, dit le duc Charles d'une voix brève; ou plutôt, continua-t-il, à un geste de l'Empereur, je suivrai les deux conseils que Votre Majesté a bien voulu me donner.

Trois jours après, le comte Franz se mettait en route pour l'Italie. Le Duc, quelque éloigné qu'il fût de donner des missions à ceux de son sang, n'avait pu trouver que lui, comme ambassadeur. Arcangeli, las d'un état, où d'infimes occupations le tenaient encore, comme suspendu par les cheveux, mais sans avoir pied nulle part, et toujours au bord d'une disgrâce, demanda à accompagner le comte en qualité de truchement, ce que Son Altesse accorda, pour s'ôter l'Italien de devant les yeux; et Emilia, elle aussi, prit le chemin de fer de Lyon, le lendemain de leur départ. La même journée vit s'éloigner Otto, à qui son père avait signifié la volonté de l'Empereur. Il reçut cet ordre sans chagrin, et le soir même, paria qu'il irait de Paris à Vienne en treize jours, sur Bellua, sa jument favorite. Il monta à cheval à l'heure dite, et un groupe de ses amis l'accompagna jusqu'à la barrière du Trône. Là, il rendit la main, et s'éloigna au galop.

VII

Le quarante et unième jour après son arrivée à Rome, un mardi, fête de Saint-Victor, en l'honneur duquel, tout justement, carillonnaient des cloches lointaines, Arcangeli fut réveillé à cinq heures du matin en sursaut, et vit, en même temps, Emilia ouvrir les persiennes de son galetas, et un garçon bleu de l'hôtel Manni, qui se tenait debout devant lui, avec une lettre à la main. C'était une dépêche de Charles d'Este, arrivée dans la nuit, au comte Franz, et qui prescrivait que Giovan quittât Rome incontinent, et s'en revînt tout d'une traite, à Paris.

Il se dressa debout sur son matelas, et cria: Viva Garibaldi! Ses disgrâces avaient pris fin, le voilà sauvé, ressuscité, ramené du fond des abîmes. La Cucurani l'avait bien prédit qu'il ne pourrirait pas disgracié;—tu te rappelles, sorella. Et tous deux, tandis que Giovanni, le pied levé contre le mur, cire ses chaussures frénétiquement, ils se renvoient la balle l'un à l'autre, en énumérant les choses surprenantes que la sorcière leur a dites: ces détails exacts et précis, le jour, l'heure, l'endroit du campo di Fiori, où Franz, une semaine après son arrivée, a rencontré Emilia, son silence, les jours suivants, l'amour lui renaissant peu à peu, les tentatives qu'il a faites pour être admis en sa présence, tout enfin, jusqu'à ses propos mêmes, quand le galant a supplié Giovan de venir habiter avec sa sœur, chez leur vieille mamaccia, afin d'être plus à portée de le seconder dans sa passion.

—Ah! bonne Vierge, dit la jeune femme qui fondit en larmes tout à coup, et maintenant je reste seule, tu m'abandonnes... Hi! hi! hi! que je suis malheureuse!