Le mardi 12 août, sortant à neuf heures et demie, pour aller faire une commande d'eaux de senteur et de pommades chez Félix (Giovan se l'est toujours rappelé) on lui courut après de l'hôtel: Arrête! arrête! C'était un billet par dépêche, qui ne contenait que ces mots, passablement énigmatiques:

Fais dire une messe pour la réussite,

et le nom de sa sœur au bout. L'Italien, afin de s'éclaircir, courut chez la somnambule. Il était temps. La farce se jouait à Rome, dans ce moment même, comme cette femme, à peine endormie, en dépeignit parfaitement, et le lieu et les péripéties: la chambre empire à carreaux rouges, Emilia debout, le teint enflammé, sur qui la sibylle s'écria pour sa ressemblance avec Giovan, et un homme à ses pieds, qui paraissait supplier.—Pauvre Franz! ricana l'Italien; va! je sais ce qu'on te répond: Je ne veux pas me damner... Allons trouver quelque curé; bref, ce qui précède d'ordinaire, un bon petit mariage clandestin à la romaine...

La scène changeait en effet. Grande joie! Franz avait consenti... Emilia l'embrassait... courait... sortait avec lui. Là-dessus, un troisième acteur fit son entrée, en la personne de ce bon abbé Sotto-Cornela, lequel suivait le couple par les rues, reconnaissable à sa large tache de vin. Ensuite, minute à minute, et si fatiguée qu'elle fût, dona Estefania raconta la messe, telle qu'Arcangeli y avait maintes fois assisté, dans cette petite église du Transtevère, la description de la nef obscure, des gens du peuple agenouillés, des bougies de cire qui brûlaient. Tout d'un coup, une clochette tinte. Le prêtre à l'autel, élève l'hostie. Emilia saisit la main de Franz et lui chuchote quelques mots:

—Mon François, je te prends pour époux!

—Emilia, je te prends pour épouse!

Et brusquement le rideau tomba, Giovan ayant vu tout ce qu'il voulait voir.—Ah! le bon billet qu'a la Châtre! se disait Franz à Rome, à la même heure, sûr de la nullité d'un tel mariage, qui—tout inexplicables que soient de telles espèces de sortilèges,—s'était pourtant accompli en réalité, comme l'avait décrit la Estefania. Et le bouffon, de son côté, en regagnant l'hôtel Beaujon, riait des rires du seigneur comte, car le très saint Concile de Trente a prévu ces unions secrètes, et les a déclarées sacrilèges.


Il fallut que Giovan inventât une défaite pour ces quelques heures d'absence, son maître renfermant sous clef, jalousement, tout ce qui avait l'honneur de l'approcher. Le ridicule que le Duc supposait à son crâne pelé, le rendait le plus maussade des hommes. Il avait essayé de tout, réuni savants et médecins, épuisé les moelles de bœuf, les onguents, les lotions, les jouvences. L'entretien, du matin au soir, revenait sur ce sujet unique, auquel Arcangeli répondait comme l'effleurant à peine, prenant garde à toujours éviter, par quelque circonlocution, le terme détesté de «chauve.» Puis, comme Charles d'Este demeurait morne, s'écriant seulement parfois, ainsi qu'en un spasme de sa douleur, qu'il lui répugnait trop de porter les cheveux de quelque pouilleux enterré, le célèbre M. Félix jugeait à propos d'intervenir: