—Si les perruques de cheveux, exclamait l'illustre Toulousain, ont le malheur de répugner à Votre Altesse Sérénissime, que Votre Altesse essaie des perruques de soie! Et vite, il en tirait quelqu'une de ses cassettes, et la tournait, la maniait, sur son champignon de porcelaine rose.—Non, pas à présent, répondait le Duc, qui sentait attachés sur lui, les yeux perçants de la Belcredi.—Avait-elle jamais daigné marquer le moindre intérêt à tout cela? C'était, sans doute, au-dessous d'elle; on faisait la majestueuse, la dédaigneuse; et Charles d'Este ne respirait qu'en se retrouvant seul avec ses deux acolytes. Mais le miroir ne contentait pas plus pour cela, le pauvre homme. Il cherchait sa physionomie, son front, ses yeux, tous ses traits, lesquels ne se retrouvaient plus. D'ailleurs, comment changer de coiffure à son gré, et en varier la disposition?

—Je serais donc toujours le même, mon bon Félix, s'écriait l'Altesse gémissante.

—Allons, Monseigneur, prenez courage! je chercherai, je chercherai...

Comme, en effet, M. Félix arriva un beau jour, triomphant. Il demandait uniquement, pour l'entreprise qu'il formait, tous les portraits qui avaient été faits de Son Altesse Sérénissime.

On tracassa donc, durant deux journées, dans les greniers et dans les chambres de resserre. Cela rendit jusqu'à cinquante-quatre images du duc Charles, tant sur toile qu'en marbre, en bustes, en médailles, en miniatures,—desquelles, la pleine voiture s'en alla toute chez le coiffeur, à la réserve de divers tableaux de dévotion de grands maîtres italiens, principalement des Carrache, qui composaient l'ancienne galerie de l'électeur Antoine Ulric, et qui se retrouvèrent, on ne sait comment. Mme Sophie les recueillit; et ils allèrent orner les murs de l'appartement du comte Otto où elle était toujours logée, en attendant que l'on eût meublé sa petite maison de Passy.

Mais ce qui causa le plus de surprise au duc Charles, ce furent des caisses énormes dont l'Italien s'avisa, et tout emplies d'habits de mascarade. L'appartement, durant quelques jours, parut comme le vestiaire d'une troupe de comédiens, encombré qu'il était, de défroques: Tartares à moustaches tombantes, Mogols, Algonquins, Chinois de satin jaune et bleu, un quadrille de Turcs dorés, à tête de carton gigantesque. Charles d'Este put d'autant mieux, se croire revenu à sa jeunesse, et à ses longues conférences avec M. Pforzheim, le fabricant de masques de la cour, que le grand Félix le pria de se laisser mouler la face, au naturel...

—Mais que diable, machinez-vous donc? s'écriait le pauvre homme intrigué, de sorte que l'on dut à la fin, lui révéler qu'il s'agissait de fabriquer trente têtes de cire le représentant, destinées à trente perruques différentes; et voilà ce friand mystère, que Giovan et son compagnon firent valoir au Duc, chaleureusement, et comme si ce fût la chaudière de Médée, pour le transformer et le rajeunir.

L'émailleur avait même apporté, en guise de sûres amorces, plusieurs masques de cire de l'année dernière, commandés pour ce fameux bal chez le jeune prince Radziwil. Les gens en mettaient par badinerie, deux ou trois superposés, si bien qu'on y était trompé, quand ils se démasquaient, en prenant le second masque pour le visage. Charles d'Este s'intéressa à les considérer longuement, surtout l'un d'eux, qui représentait une jeune femme blonde et rose, l'air vif, capricieux, plaisant, et de qui même, Son Altesse finit par demander qui elle était:

—Une de mes bonnes clientes, dit le coiffeur, négligemment... Elle était charmante à ce bal...

—Me diras-tu son nom, imbécile!