—Mais c'est la Renz, lança Félix, qui s'interrompit, comme par stupeur, de replacer l'un des masques, dans leur cassette à compartiments. Est-il possible, Monseigneur! Votre Altesse ne connaît pas mademoiselle Lyonnette?
Et les deux compères s'exclamèrent, car Giovan, lui, la connaissait, sans doute pour l'avoir rencontrée chez l'émailleur; et même, il la vanta de telle sorte, et dépeignit au Duc si passionnément, toutes les grâces et l'esprit de cette fille, que l'en voilà proclamé amoureux, et des éclats de rire jusqu'au soir, à propos de cette étonnante découverte. Lui-même, il en riait encore plus, une fois retiré dans sa chambre. L'hameçon avait bien pris, en effet; la grande affaire était embarquée, qui occupait Giovan sans relâche, depuis le jour de son arrivée. Après tant de hauts et de bas, il voyait un espoir certain de pouvoir chasser la Belcredi, et donner à son étrange prince, une maîtresse de sa main. Il saurait bien tenir par les cordons, cette nouvelle favorite: tous deux gouverneraient de concert, ou plutôt, lui par dessus elle; et ce serait enfin, son vrai retour au monde et à la fortune... Amen! ainsi soit-il! pensa le bouffon, en se mettant au lit.
—Bonjour, Philippe! lui lança le Duc, dès que Giovan parut le lendemain, car la veille, à la collation, ils avaient fait, comme l'on dit, un philippe ensemble, payable pour Son Altesse en argent, et en farces pour Arcangeli. Mais Charles d'Este, par malheur, était morose, ce matin-là, si bien que, remettant les gambades à plus tard, il ordonna seulement au bouffon de lui lire à haute voix, la Gazette de Florence, un de ces journaux italiens—et celui-là paraissait en français—que l'on recevait à l'hôtel, depuis le départ de Franz, comme ambassadeur.
—Giovan, (en lui marquant de l'ongle, un certain endroit) tiens, prends ceci, ajouta Son Altesse:
UN MARIAGE A ROME
à ces mots: «Nous avons parcouru....—J'ai déjà lu le début de l'histoire, dit le Duc à M. Félix, lequel commençait à le coiffer. C'est un imbécile d'étranger... le journal ne donne pas son nom. A peine arrivé, il s'amourache d'une femme galante. Elle lui tient la dragée haute, le désespère, et finalement, il l'épousera, comme mon père avait épousé la Ghigelli.
—Aïe! aïe! pensa Giovan, le cœur palpitant de voir tout à coup, fumer la bombe qu'il avait chargée, et admirant le hasard de l'aventure. Et dans une sorte de transport de joie et d'attente, le baladin sauta sur le gradin de la fenêtre et s'assit sur l'armoire, déclarant qu'il était mieux ainsi, pour se faire entendre.
—Allons, commenceras-tu? dit le Duc.
«Nous avons parcouru, ânonna Giovan, nous avons parcouru le champ des faits préliminaires; nous avons vu comment le crédule étranger s'est laissé entraîner à ce mariage clandestin, qui devait le perdre. Le 13 août, vers trois heures de l'après-midi, un agent de la police romaine se présente: le jeune homme est arrêté, et conduit dans les prisons du Saint-Office.»
—Qu'est-ce qu'il avait donc fait? demanda M. Félix en se reculant, ses petits ciseaux à la main, car il taillait la barbe de Son Altesse.