Elle se dressa, en poussant un cri...
—Ah! c'est vous, Otto, balbutiait-elle.
Il demeurait en silence, il ne lui disait rien, il la regardait enivré, et il attendait qu'elle lui parlât; elle avait un vêtement blanc, chargé de falbalas pressés de dentelle et de mille rubans, et où la chanteuse s'était amusée à attacher, de place en place, tout du long, des bouquets de roses naturelles. Il contemplait éperdument ces roses, ce vêtement éblouissant, les yeux, les cheveux de sa maîtresse, jusqu'au plus petit de ses traits; il lui semblait qu'il allait aimer Giulia, des siècles entiers, et, plongé dans des images délicieuses, le jeune homme ne remuait point. Ce silence le réveilla; il fit un brusque effort sur lui-même, et sans savoir ce qu'il disait:
—Oui! répondit-il, je suis parti, sitôt que j'ai reçu votre dépêche. Je serais accouru de plus loin, rien ne me retenait là-bas.
—Et la Schlosser? fit Giulia.
—La Schlosser! répéta Otto, qui rougit à l'excès, puis pâlit tout à coup, blanc comme le marbre où il s'appuyait; et après un instant de pesant silence qui avouait tout, il se mit précipitamment, à tâcher de se disculper. Mais est-ce qu'il aimait la Schlosser? Pouvait-il aimer pareille sotte, une femme toujours pleurante, laide, maigre, une vraie sauterelle? Et, dans son trouble et son irritation, il accompagnait ce discours de gestes outrés, en parlant avec une sorte de transport. Il avait trouvé en wagon, les paroles les plus touchantes et les plus tendres; mais la crainte qu'il éprouvait de ne pouvoir fléchir Giulia, l'agitation de la revoir enfin, et cet air lourd et parfumé, à force de jonquilles et de roses dont l'appartement était plein, jusque sur la table en face d'Otto, lui dissipaient maintenant ses pensées, de manière que, malgré ses efforts, il s'égarait, ne se retrouvait plus: et le spectacle de la Belcredi, qui, rêveuse et silencieuse, jetait distraitement au feu, de vieilles brochures de théâtre, des lettres, des bouquets fanés, dont la cassette reposait sur ses genoux, déconcertait par surcroît, l'amoureux;—tellement, qu'il commençait à dire le contraire de ce qu'on voyait qu'il voulait dire, quand à ce moment, une camériste mit la tête dans le salon, et pria que Mademoiselle indiquât l'heure, à laquelle on devait venir enlever les malles.
—Vous quittez donc l'hôtel? demanda le comte.
—J'ai loué, répondit Giulia, un petit pavillon tout meublé, rue du Puits-qui-parle, numéro 7.
Et sur ces mots, gagnant la porte, comme en deux sauts légers, elle parla bas à Laury, qui entra ramasser de dessus les fauteuils, des palatines et des manchons qui y traînaient.
Otto s'était levé aussi, et considérait, par la vitre, l'immense rue fourmillante de monde, les boutiques parées et remplies, et les voitures innombrables, rapides, continuelles, roulant sous ce ciel pluvieux, qui redoublait sa tristesse. Il se répétait cependant, que c'était là une heure unique, un des plus vifs et des plus beaux moments qu'il aurait jamais; et enragé contre lui-même, bandait son âme tant qu'il pouvait, pour se donner de l'émotion. Il se sentait porté à pleurer, à faire des actions singulières; et comme, en cet instant, Laury étant enfin sortie, Giulia rejetait confusément dans la cassette, ce qu'elle en avait tiré de papiers et mis à mesure sur la nappe, Otto s'approcha tout à coup, et lui passa le bras autour de la taille. Elle dit: