—Monseigneur! s'écria la Belcredi, Monseigneur, je ne puis vous entendre.

Elle rougit, et avec une impétuosité singulière, fit mine de se retirer.

—Allons, madame, dit Giovan, un peu de patience, daignez songer...

—Allez-vous en! lui cria-t-elle, en reculant brusquement, car ce valet avait poussé la hardiesse, jusqu'à la saisir par le bras.

—Madame... madame, répétait le Duc, visiblement déconcerté.

—Eh! que venez-vous faire ici? s'écria-t-elle. Qu'ai-je gagné près de vous, Monseigneur, sinon des affronts? Votre chien, vos chevaux, vos laquais, étaient mieux traités que moi même!...

Les lèvres lui tremblaient de fureur; son visage, blême et hautain, respirait une haine implacable; et Charles d'Este, embarrassé, ployait les épaules fort piteusement, en jouant avec ses gants, par contenance.

Quand la Belcredi fut un peu calmée, et après une pause assez longue, pendant laquelle Arcangeli n'avait cessé de faire des signes à son illustre compagnon, le Duc, enfin, ouvrit la bouche. Il parla d'abord, diffusément, de son respect, de son amour. C'était parce qu'il comprenait ses torts, qu'il cherchait à les réparer; son repentir était sincère; depuis le départ de la Belcredi, il n'avait pas vécu un jour, sans penser à elle, et sans se maudire. Puis, s'échauffant de plus en plus, et comme emporté par le pathétique des paroles qu'il prononçait, il s'écria qu'elle voyait un fou, qu'il n'était pas digne de la posséder, et s'accabla de toutes sortes de reproches:

—Mais je vous conjure d'être bonne, de vouloir bien faire la paix...

Et il attendait, tourné vers elle, avec des regards suppliants.