Tous deux s'étaient peu à peu animés, et leur voix résonnait dans la forêt solitaire. Le nez rougi, les joues violacées, ils allaient, poursuivant leur débat, chacun d'un côté de l'allée; et leur haleine refroidie se condensait en givre devant eux, aussi froid, aussi infécond que leurs paroles et leur colère. La bise du nord sifflait sur le plateau. L'abbé reprit en frissonnant:
—Aures habent et non audient... Brr... brr... Oculos habent et non videbunt.
—Mais c'est de vous, cria Stepany, oui, c'est de vous qu'on peut dire cela. Ce sont les croyants, monsieur, qui ne font pas usage de leurs yeux, et non les hommes de science...
—Vous osez, dit l'abbé dédaigneusement, comparer la science à la foi!
—La science, monsieur, brr... brr... la science est la reine du monde!
—La science! répéta l'abbé avec mépris. Mais voyons, vous, monsieur, qui êtes si savant, pourriez-vous m'expliquer, par exemple, pourquoi le feu durcit les œufs et fond le beurre?
—Certainement! s'écria Stepany. Mais l'abbé continuait:
—La science, un leurre de Satan!... Il soulève un coin du rideau, pour tenter les âmes... Eritis scientes sicut Deus... Brr, brr, brr, brr... Vieille tactique du serpent!
—Le serpent! goguenarda Stepany. Brr, brr, brr... Le paradis! La pomme!
—Oui, monsieur... Brr, brr, brr... Le paradis! La pomme!