—Billevesées que tout cela!
—Billevesées que vos gaz, vos cornues, vos fourneaux, vos appareils!
—Vive la science, monsieur! hurla Stepany. Brr, brr, brr...
—Vive la foi! vive Jésus! cria l'abbé. Brr, brr, brr, brr...
[LIVRE TROISIÈME]
Aussitôt que l'heureuse nouvelle de la grossesse eut éclaté, ce ne fut plus que fêtes et réjouissances dans la presqu'île de Sabioneira. Chaque village se surpassa à en donner, et de toutes les sortes: luttes, régates, courses, joutes sur l'eau, mascarades de carnaval, qui tombait justement en cadence. Giano revint tout exprès de Cattaro. Personne de pareil à lui, en de telles occasions. C'était la joie, le bruit, la gaieté, la folie même. On ne vit donc plus que le sculpteur sur les chemins, éperonnant son petit cheval sauvage, à longs poils; parfois, escortant des tonneaux de vin, qu'on envoyait aux danseurs. Qui l'aurait cru? on eût vidé pour eux les caves de Sabioneira. Pour hâtive et même indiscrète que pût paraître cette joie, les transports en étaient si sincères que Floris s'en montra touché, et assista à plusieurs de ces fêtes. Il accepta, par la même raison, les présents de nombreux villages, et quelques-uns fort étranges: du miel, des poissons, des médailles antiques, de la boutargue, des toisons teintes, et jusqu'à un ourson vivant.
Mais le plus beau présent fut, sans contredit, celui qu'apportèrent, le jeudi de la Fête-Dieu, les religieuses de Sant'Orsola. Elles survinrent, à cinq ou six, dans leur coche, en députation. Reçues par madame Isabelle, elles offrirent, au nom de leurs Morlachs, un berceau marqueté d'aigles noires, puis déployèrent, comme présent de l'abbaye, de superbes langes brodés d'or.
—Mère Incarnation, dit la princesse, vous avez été par trop prodigue! Je vous rends grâces de tout cœur, et n'aurai rien de plus précieux qu'un tel souvenir de votre sainte maison. Mais j'ignorais que l'on fît chez vous de si beaux ouvrages.