—C'est bon, c'est bon!... Oui, désarmez-moi, repartit la folle jeune fille. Aujourd'hui, Notre Majesté a l'âme bonne, et veut bien entendre vos excuses... Nous te croyions déjà enlevé par le vieil Ourosch, Giano, dit-elle en riant, puisque, enfin, nous voici tout près de ce fameux village de Sgombro.

—Combien ceux de Zemenico avaient-ils déjà pris de têtes? demanda messer del Piffero, un riche bourgeois ragusain.

—Peuh! je ne sais, laissa tomber Giano, sept ou huit, ou quelque chose d'approchant... Mais pleins d'honneur comme je les connais, ils trouveront bien moyen, croyez-moi, d'en prendre encore quelques-unes.

—Fi, Gianetto! dit Josine... Vous êtes par trop sanguinaire...

—Moi, Madonna, s'écria-t-il, un agneau, un vrai pigeon de douceur!... Toutefois, je l'avoue librement, il ne faut pas qu'on m'offense. Mais qui pourrait supporter un affront?

—Bah! dit Floris, à l'occasion, vous en supporteriez... Allons, allons! vous fileriez doux comme un autre.

—Je dis, reprit le sculpteur, un moment étonné, que je n'en ai jamais souffert, Dieu merci!

—Et moi, je dis, riposta Floris, qu'en cas de besoin, vous en souffririez. Croyez-moi, le monde a déjà vu des choses plus extraordinaires.

—Je n'ai jamais souffert d'injure, affirma Giano, et je suis bien connu pour ça, d'un bout à l'autre de la Dalmatie.

—Eh bien, il peut se faire qu'un jour vous en souffriez, voilà tout! Qui peut savoir, sior Giano, ce que lui réserve le destin? Chaque soleil produit à la lumière d'innombrables événements, auxquels personne ne s'attendait. Nous sommes les jouets du hasard... Voilà pourquoi je dis qu'à l'occasion, vous souffririez une injure, tout comme un autre.