Mais le caporal l'entraînait, balbutiant dans son émotion:
—Es-tu fou?... voyons... es-tu fou?
—Non, non, non! je ne suis pas fou! cria Floris désespérément. Ce cœur que je frappe, c'est le mien!... Mon nom est Floris, et je suis prisonnier sur les pontons de Pierre-Moine!
—Allons, allons, allons! marmottait le bonhomme, en continuant de l'entraîner.
—Lâche-moi, lâche-moi! dit Floris... A bas, misérable! Me lâcheras-tu?... Je traverserai cette mer. Je la rejoindrai, je la reverrai... Lâche-moi! Je ne suis pas fou... Non, non! je ne suis pas fou, et plût au Ciel que je le fusse! Alors, je pourrais oublier mes chagrins, mes tourments, ma détresse, et l'amour insensé qui me tue!
—L'amour!... dit le vieillard stupéfait.
D'un bond, Floris le saisit à la gorge. Il leva le poing pour frapper, puis ses yeux s'obscurcirent de larmes. Il lâcha Pierre; et le jeune homme promenait des regards troubles autour de lui.
Tous deux, béants, se considéraient. Le caporal dit enfin:
—Allons, allons, sois donc raisonnable!
—Qu'appelles-tu être raisonnable? s'écria Floris. Me résigner, m'accoutumer à la misère et à l'abjection, plier le dos, flatter ceux qui nous gardent?... La raison! la raison! poursuivit-il frémissant. Si la raison peut me tirer de cet enfer que nous habitons, me rendre riche, puissant, heureux, et me donner celle que j'aime, alors, parle-moi de raison, et je te bénirai... Sinon, tais-toi, et laisse-moi m'arracher les cheveux et me rouler par terre!...