Il revint à Manès tout à coup et lui dit:
—Ma mère vit-elle?
Le vieillard retira d'un écrin une large et ronde boîte d'or, et il la tendit à Floris:
—Voici, dit-il, le portrait de votre mère. Elle l'avait confié à mon frère pour que celui-ci vous le remît, sitôt qu'il vous aurait retrouvé... Faudra-t-il croire aux talismans? C'est grâce à ce portrait, Monseigneur, à votre étrange ressemblance avec Mme Maria-Pia, que le juif Chus vous a reconnu.
—Ma mère! dit Floris... ma mère!...
—Dès demain nous serons en route, reprit Manès. Vous la saluerez dans trois jours.
Floris interrogea:
—Verrai-je aussi mon père?
—Le Grand-Duc, répondit Vassili, habite Sabioneira, sur la côte de Dalmatie. Il est, vous ne l'ignorez pas, le frère de l'empereur Nicolas; et de plus, vous avez un frère et une sœur. Vous saurez, en un meilleur temps, tout ce qui concerne votre naissance... Il y a deux heures, j'ai reçu des dépêches de votre père. J'étais allé à Rochefort pour les chercher. Il consent volontiers à vous reconnaître; il écrira lui-même au Tsar, et un rescrit impérial vous rétablira incontinent dans votre titre et dans vos droits... Mais ce n'est là qu'une partie de ses desseins. Le Grand-Duc a pensé plus loin, afin d'assurer votre bonheur, qu'il entend combler d'un seul coup. Il vous dote d'un apanage, en vue de votre prochain mariage. Votre père a fait choix pour vous, Monseigneur, d'une fiancée presque royale.
—Pour moi! exclama le jeune homme.